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L’Imposture

Je reviens tout juste de la première du film l’Imposture d’Ève Lamont, présenté aux RIDM. Ève Lamont est reconnue pour son cinéma militant et ses positions féministes. J’avais une certaine idée du genre de film qui m’attendait. Je suis surprise de ressortir de ce film ébranlée dans certaines de mes idées préconçues et surtout touchée par la façon dont les personnages qu’elle nous présente arrivent à mettre en mots leur réalité dans un propos touchant et réfléchi. La relation que la réalisatrice a construit avec ces femmes crève l’écran et donne à ce film une profondeur et une finesse dans le propos.

En bref, Ève Lamont a choisi de faire un film sur l’après-prostitution et sur l’absence de ressources pour soutenir celles qui ont choisi de s’en sortir.

Au coeur de ce film aux personnages nombreux, une jeune femme, mère de famille et ex-prostituée qui retourne aux études et dont la force de caractère impressionne. Il faut voir ce petit bout de femme marcher la tête haute, parler de son passé et surtout prendre en charge son avenir avec toutes les ressources possibles. Plusieurs témoignages bouleversants se succèdent dans ce film et brossent un portrait des multiples visages de cette réalité. Il y a des phrases qu’on entend, comme des révélations, des phrases coup de poing pour nous rappeler des évidences : «La prostitution c’est un viol consentant où un homme a une relation sexuelle avec une femme qui n’en a pas envie. Seul l’argent vient donner bonne conscience et légitimer ce viol.» Des phrases coup de poings : «chaque fois qu’il m’étranglait»…

Mais pour moi la révélation de ce film reste l’anthropologue Rose Dufour et son discours qui fait vraiment réfléchir. L’«imposture», c’est son expression. Son discours prône l’abolition de la prostitution. Pas la légalisation. Pas la sécurité par la construction de bordels et de quartiers supervisés. L’abolition, point. Ses conclusions se basent sur une recherche-action vraiment inspirante où celle-ci a choisi d’offrir son aide aux ex-prostituées. Tout y passe : magasinage de vêtements d’hiver pour les enfants, aide financière aux études, accompagnement, thérapie. Elle se place en pleine action, au sein de l’organisme qu’elle a fondé,  La maison de Marthe et se plonge dans la réalité des femmes pour en faire le portrait. On la sent totalement engagée, empathique, réconfortante comme une mère et prête à défendre son point de vue devant n’importe quelle foule.

Dans le film, la réalisatrice a décidé de lui donner une place de choix et d’utiliser son argumentaire comme colonne du message politique. Présente à la fin du visionnement, celle-ci a répété au public ce pourquoi elle se bat : «La vraie révolution, c’est l’abolition de la prostitution. On dit que c’est le plus vieux métier du monde. C’est faux, la vérité c’est que c’est la plus vieille forme de violence contre les femmes.»

Dur à dire ce feeling qu’on ressent à l’écoute du film. Autant j’avais l’impression de déjà savoir ce qu’on m’a dit. Autant, les témoignages des personnages ont mis des mots précis, réfléchis, sentis sur des réalités qui, je le réalise, me semblaient des fatalités. Des malheureuses fatalités. Et c’est là la force de ce film, c’est de nous faire réaliser le non-sens de cette imposture. Et heureusement, ce film nous fait réfléchir sans oublier de nous émouvoir. Se mêlent l’humain et le politique et c’est tant mieux.

Entendons-nous, l’Imposture n’est pas un chef-d’oeuvre cinématographique. C’est un film fort et utile et juste ça, c’est beaucoup.

Après la projection, sont montées sur la scène, Rose Dufour ainsi que deux des femmes ayant témoigné dans le film. (dont j’ai oublié le nom, je m’en excuse) La foule s’est levée, pour les applaudir. Une ovation debout.

Le film sera présenté à nouveau aux RIDM samedi et suivi d’une discussion. J’ai presque envie d’y retourner, question de confronter les idées qui bouillent présentement dans ma tête au débat qui sera animé j’en suis sûre.

La bande-annonce ici.

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