Archives de Catégorie: Ma vie my life

Bilan du haut d’un nuage

Les RIDM ne sont pas encore terminés et déjà, je me sens en mode bilan. Il faut dire que cette édition a pour moi quelque chose de grisant. Je profite donc de ce moment où j’ai l’impression de flotter, pour regarder, derrière, le chemin parcouru.

Quatre ans après la présentation d’Un trou dans le temps, notre premier film, nous revenons aux RIDM avec le plus récent documentaire de Catherine Proulx, Le dernier cabaret.

Déjà quatre ans et pourtant, je me rappelle à quel point nous étions impressionnés d’avoir été sélectionnés par les RIDM à l’époque. J’avais fait une razzia de linge de madame pour «avoir l’air d’un productrice». Veston trop structuré, pantalons palazzo, tout un attirail pour me convaincre que moi aussi, je pouvais appartenir à ce monde.

Je me rappelle les 5 à 7 à tenter de percer les cercles déjà établis, à prendre mon courage à deux mains pour trouver le «guts» de parler à des inconnus. Plantée debout, verre à la main à scruter du regard la foule avec souvent l’envie de retourner dans ma zone de confort. Je me rappelle ma rencontre avec Isabelle Couture, quand on s’était toutes les deux spottées et choisies comme «amies de festival», un soutien moral qui arrivait à point.

Et aujourd’hui, au milieu de cette édition ma foi réjouissante : première devant une salle comble, soirée spéciale Cabaret Cléopâtre électrisante, panel de l’Observatoire du documentaire, article de Nous sommes les filles qui touche droit au cœur; je réalise que ça valait la peine.

Ça valait la peine de bûcher, de persister, d’y croire

Il faut dire aussi que les RIDM de cette année ont su mélanger les bons ingrédients pour nous faire sentir que le monde nous appartient.

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Décrocher? Oui, c’est possible

Je me rappelle que quelqu’un m’avait dit un jour : «Si tu veux être une bonne productrice et être capable de tenir le rythme que tu as présentement, ça va te prendre des vraies longues vacances pour décrocher». Quelques jours après mon retour d’une petite mais fabuleuse semaine de vacances, je confirme la théorie : les gens reposés sont des gens heureux.

Photo : Audrey Mailloux

Photo : Audrey Mailloux

Cette année, j’ai fait tout ce qu’il fallait pour profiter de ce repos bien mérité en plus de relever quelques défis personnels. Premier défi relevé : une semaine de silence total sur les réseaux sociaux. Je ne me pête pas les bretelles trop fort : avec un réseau internet qui étend ses tentacules jusqu’au chalet et un iphone sous la main, je n’ai pas pu m’empêcher quelques coups d’oeil. Mais rester voyeur quand on a l’habitude de changer de statut trois fois par jour est pour moi une belle confirmation qu’on peut être intense et assidu sans être pour autant dépendante. L’an prochain : je coupe tout!

Voici donc, en condensé, les trucs lus ailleurs et appliqués pour ces vacances ou les leçons apprises :

-prendre le risque de présumer que vous aurez le temps et l’argent. Une fois l’engagement pris, tout s’enligne en fonction de vos plans, votre esprit a intégré les vacances à l’horaire, c’est subliminal, ça ira, c’est sûr. Si vous attendez le bon timing, il n’arrivera jamais.

-Ajouter une signature de courriel préventive pendant 10 jours précédant le départ qui indique aux gens que vous partez en vacances et qu’ils doivent vous rejoindre s’ils ont un dossier urgent à régler avant. Si vraiment vous gérez du feu : trouver quelqu’un qui a un bon jugement, qui prendra vos courriels et qui prendra la décision de vous déranger dans votre paradis à un numéro gardé secret pour tous les autres.

-Garder minimum une journée pleine de commissions avant le départ. Éviter de régler des dossiers de job jusqu’à quelques heures avant le départ, la meilleure façon de passer les premières heures de char en mode «qu’est-ce que j’ai oublié» (dans mon cas c’était le haut de maillot, et je ne suis pas une fan de monokini…)

-Mettre dans un document word «to do retour de vacances» toutes les choses qui nous passent par la tête durant la semaine avant le départ. Penser à ce qui peut attendre plutôt que de tout vouloir faire avant de partir. Votre tête doit se vider entièrement dans cette liste avant le départ

-Être réaliste par rapport à ce que vous pouvez faire autant avant de partir que pendant vos vacances. Il est possible que pendant deux jours, rien faire soit la chose que vous avez le plus envie de faire : faites-le donc.

-Le conseil le moins sexy : prévoyez du temps pour clancher votre lavage et le ramassage à votre retour, avant de recommencer à travailler. Ça vous évitera de retourner au boulot avec une maison à l’envers, un sleeping bag qui sèche dans votre douche et du sable de plage à la grandeur.

Photo : Audrey Mailloux

Et pour terminer, pas de recette magique pour ça : des amis trippants, du vin et tout ce qu’il faut pour se détendre, un chalet, la plage, ce qui vous plaît quoi. Bonnes vacances.

NominationS aux Gémeaux!

Bonne nouvelle!! Nous avons appris hier que notre film, Un trou dans le temps était en nomination aux Prix Gémeaux. Double nomination en plus!

Meilleur documentaire : société

  • LA GÉNÉRATION 101 – France Choquette, Claude Godbout, Jean Roy (Eurêka ! Productions)
  • LES ENFANTS DU PALMARÈS – Marie-Josée Cardinal, Marcel Simard (Productions Virage)
  • NAUFRAGES – Cécile Chevrier, Paul-Émile d’Entremont (Phare-Est Média)
  • SOUS LA CAGOULE, UN VOYAGE AU BOUT DE LA TORTURE – Robert Cornellier, Patricio Henriquez, Colette Loumède, Raymonde Provencher (Macumba DOC)
  • UN TROU DANS LE TEMPS – Mélanie Bhérer, Karine Dubois, Catherine Proulx, Marcel Simard (Productions Virage)

Meilleur scénario : documentaire

  • Pascal Gélinas – GRATIEN GÉLINAS, UN GÉANT AUX PIEDS D’ARGILE (InformAction Films)
  • Sylvain Cormier, Daniel Dupré, Olivier Granger, Guylaine Maroist – J’AI LA MÉMOIRE QUI TOURNE « Printemps » (Productions de la ruelle)
  • Marie-Hélène Copti – LA GUERRE DES TUQUES… AU FIL DU TEMPS (Productions La Fête)
  • Élaine Giguère – PROFILAGE RACIAL (Groupe Fair Play)
  • Catherine Proulx – UN TROU DANS LE TEMPS (Productions Virage)

Premier film, deux nominations : pas besoin de vous dire que nous sommes vraiment fiers! Ce film aura été jusqu’à aujourd’hui un projet Cendrillon, parti de la simple volonté de détenus de présenter leur réalité à des jeunes. Nous avons bûché fort et longtemps et nous acceptons avec bonheur la reconnaissance du travail acharné que nous avons mis sur ce film.

Évidemment, difficile de ne pas avoir une pensée pour Marcel Simard dans les circonstances. Plusieurs des productions Virage sont en nomination, il aurait été fier. J’ai beaucoup pensé à lui depuis hier.

Pour terminer sur une note heureuse, la confession du jour, j’ai assumé la groupie en moi hier et suis allée voir Véronique Cloutier pour lui dire à quel point je l’admirais et lui dire qu’elle était un modèle pour montrer à une génération de filles que c’est possible d’avoir du succès en affaires et d’avoir une famille en même temps. Quétaine. Au carré. Véro, fidèle à sa réputation m’a remerciée chaleureusement et a pris le temps d’écouter ma déclaration de girl crush. Et vous savez quoi? Elle est encore plus belle en vrai.

Maintenant, comme d’habitude, reste à bien savourer la nouvelle, à considérer son importance et à s’en servir comme carburant pour la vague de demandes de subventions et de pitchs aux diffuseurs qui arrivent à l’automne

Où est rendu Sony à 14 1/2?

Ce matin, c’est @manuchretien qui me fait découvrir la bande-annonce du prochain film de Podz via twitter.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ce film s’annonce puissant.

Cette bande-annonce m’a fait avoir une pensée pour cet été de 2002 passé au sein du programme Trio de la base de plein-air des Scouts de Montréal. Le mandat était simple : faire vivre à des jeunes une semaine dans un camp de vacances. La réalité était tout sauf simple : des jeunes de la d.p.j, avec un (des) trouble de comportement, issus de familles défavorisées, des ti-tough, des pockés de la vie, on en a vraiment vu de toutes les couleurs.

À nos cotés pour nous aider dans cette expérience intense qui nous dépassait souvent, notre boss, Roxanne qui s’appelait Tam-Tam pour l’été. (oui, je sais les noms de camps ça vieillit très mal) Quand j’ai vu la bande-annonce, ça m’a rappelé le petit Sony. On l’avait eu deux semaines au camp. J’étais sa monitrice pour la deuxième semaine. Le soir, Sony montait jusqu’à notre tente nus pieds dans le bois et me disait qu’il ne pouvait pas s’endormir. J’allais m’étendre sur la base de bois de sa tente, à coté de son lit, en le regardant plier entre ses doigts la photo de sa mère. Le matin, les 30 minutes entre le campement et les médicaments qui l’attendaient à la cafétéria étaient critique. Le chaos. C’est là que Sony menaçait d’exploser. Un soir, ma boss a dû se résoudre à le renvoyer chez lui. Je me rappelle comment elle le prenait mal. Aucun jeune ne lu avait jamais résisté. Sauf Sony. Et comme il venait de passer une demie-heure à me menacer moi et les autres campeurs de 7 ans en lançant des bûches, ça commençait à être dangereux. Après que sa mère soit venue le chercher sans vouloir savoir ce qui s’était passé ni descendre de la voiture, on s’est souvent demandé comment finirait le petit Sony. Je me le demande encore aujourd’hui.

Et si Podz nous livre un film aussi fort que cette bande-annonce je pense que plusieurs personnes vont frapper un mur en réalisant dans quelle détresse peuvent se trouver des enfants. Vivement qu’une production de qualité fasse oublier le démagogique «Les voleurs d’enfance» qui reste à mon grand désarroi un des documentaires québécois ayant récolté le meilleur box-office.

L’attente

C’est le premier hebdo Jules de 2010 de Geneviève Lefebvre qui m’a inspirée.

Seriez-vous intéressés à venir discuter de votre expérience avec nos étudiants?

Chaque fois que c’est possible, je dis oui. Comme plein de gens que je connais d’ailleurs. Ce n’est jamais à cause du “cachet” et presque toujours pour avoir enfin la chance de pouvoir pontifier devant une bande d’étudiants plus jeunes, plus beaux et plus fous que les vieux croutons que nous sommes.

C’est une question qui revient souvent. Immédiatement suivie de “nous n’avons pas de budget pour vous payer”.

Ça m’a fait pensé à cette drôle d’impression ressentie chaque fois que nous présentons notre documentaire sur la prison, comme la semaine dernière au Centre Saint-Pierre ou encore mardi au pénitencier de Cowansville. L’ivresse des périodes de questions qui suivent fait du bien : notre film est utile, il provoque la discussion. Quel bonheur.

Mon silence blogue du mois de janvier s’explique par un mot : l’attente. Et ces temps-ci, j’ai l’impression que cette attente d’appuis, de financement, de tout, me gruge.

Je cherche le mot français mais tout ce qui me vient c’est struggle.

Un drôle de mood. À la fois tellement de beaux commentaires chaque fois qu’on présente notre film. Chaque fois cette impression d’avoir fait exactement le film que nous voulions et qui, pour notre plus grand bonheur, provoque presque toujours l’effet escompté.

Mais au fond, en permanence, reste cette impression de toujours courir après quelque chose, de toujours attendre des appuis qui ne viennent pas facilement. L’attente ça épuise. Et quand les bonnes nouvelles arrivent, j’ai l’impression que ça se compare à un shoot d’héro. Exaltant un bref instant mais qui mène tout de suite au :  «à quand le prochain?».

Alors en ce début de janvier, j’ai cette impression que le monde va mal, que ça pête de partout, que rien n’est facile. On attends, mais en même temps on travaille sans répit. En même temps, quand je prends le temps je réalise que mon baluchon est plein de beaux projets. De documentaires fantastiques qui pourraient vraiment rocker si seulement… Et la ronde des «si» recommence.

Nous aurons des réponses de la SODEC le 29 janvier. Trois réalisateurs que j’appuie à différents niveaux sauront s’ils ont enfin un peu de fonds pour développer leur idée.

En attendant on fait comme d’habitude : on développe au jus de bras et grâce à des gens qui acceptent de rêver avec nous et de mettre du leur dans notre quête. On rêve à dans trois ans, quand on présentera le film devant un public.

En attendant, pour calmer le doute et apaiser l’attente on écoute les sages, celles qui essaient fort d’être zen malgré tout et on regarde le travail colossal de Geneviève qui réussit en se disant que oui, ça vaut la peine de bûcher.

La mort de Falardeau (partie 2)

Une fois mon admiration décuplée par ma première rencontre avec Falardeau j’ai commencé à me documenter comme une boulimique à son sujet. Cégépienne, j’avais reçu à Noël Pierre Falardeau persiste et filme, un livre d’entretiens entre le cinéaste et Mireille Lafrance.

Ce livre a été mon cours de cinéma 101 à moi. Rien qu’avec les notes de bas de page des films cités par Falardeau, j’avais sous les yeux l’essentiel de ce qu’il fallait voir pour comprendre le documentaire québécois.  À Saint-Henri le 5 septembre, Pour la suite du monde, Golden Gloves, 24 heures ou plus, etc, tous des films que j’ai vu selon la suggestion de Falardeau.

Falardeau a toujours cité en exemple le cinéma vérité inventé à l’ONF. Aurait-il voulu ou pu faire partie du club sélect qui n’avait qu’à lever le petit doigt pour obtenir des mètres de pellicule pour tourner? Je ne sais pas. Falardeau a fait le choix d’un cinéma impossible a censurer. Sauf sur la fin, où les institutions semblaient le bloquer systématiquement.

Avec Falardeau, j’ai bien peur que ce soit l’idée même d’un cinéma national, nationaliste, qui meure. Qui, dans cinq ans, pourra offrir au public des claques dans la face aussi cinglantes que celles de Pierre Falardeau? Qui nous hurlera à la figure que nous sommes en train d’oublier ce qui devrait être notre priorité : faire la souveraineté? Pour un Pierre Falardeau qui meurt, ce sont des dizaines de lettre ouvertes qui se s’écrivent plus, de débats qui n’explosent plus, de dénonciations qui se font trop proprement.

Falardeau était mon cinéaste préféré, égal de ses maîtres Perreault, Groulx, Arcand. Moins porté sur la nuance. Mais pourquoi s’empêcher de frapper fort quand il y a déjà tellement de gens trop lisses?

La mort de Pierre Falardeau (partie 1)

La nouvelle nous est arrivée samedi. Comme la plupart des gens de mon âge, je l’ai appris par l’entremise de Facebook. La mort 2.0 comme le dit si bien Catherine P.L. sur le blogue d’Urbania

Pierre Falardeau est mort, mon idole n’est plus. Depuis samedi, je suis un peu zombie. Je ravale mes larmes. C’est tellement con de pleurer un mort qui n’est pas un proche. Mais c’est plus fort que moi. Pierre Falardeau est la personne que j’admirais le plus au Québec.

Je me rappelle comme si c’était hier ma première rencontre avec lui. Une amie m’avait proposé d’aller dans une soirée où on projetait Le temps des bouffons.

Journaliste en herbe pour le journal étudiant, j’avais emmené deux enveloppes. Dans une mes questions d’entrevue, dans l’autre, une déclaration d’admiration dans laquelle j’expliquais à Falardeau que j’avais pleuré en lisant la lettre à son père dans le recueil La liberté n’est pas une marque de yogourt.

Falardeau m’avait décontenancée en me demandant de lui poser mes questions d’entrevues live. Aujourd’hui ça me fait vraiment rire d’avoir pensé qu’il répondrait sagement par écrit à mes belles questions tapées à l’ordinateur…! Mon amie lui avait fait remarqué que c’était plutôt ironique qu’il fume des américaines vu son discours. «J’haïs ça quand on me met le nez dans ma marde» avait-il répondu, l’air d’un petit gars qui s’est fait prendre.

Peu de temps après, j’avais reçu une lettre par la poste. Une lettre manuscrite sur des feuilles de cartable. Falardeau avait répondu à ma lettre d’admiratrice.

«Ça me fait du bien de savoir que je ne suis pas totalement inutile, qu’il y a des filles qui pleurent dans un autobus de l’Estrie par une froide journée d’hiver en lisant mes petits papiers»

Durant la conférence je lui avais aussi posé une colle : préfèrait-il les gens qui votent non et qui ont un argumentaire articulé ou ceux qui votent oui sans trop savoir pourquoi? Il avait aussi senti le besoin de revenir sur sa réponse :

Celui qui vote non en croyant savoir pourquoi est un imbécile. Parce qu’on ne peut pas refuser la liberté. On ne peut pas refuser la libération d’un peuple. On ne peut pas refuser l’indépendance […]

Il avait aussi aimé la colle :

Une question simple et essentielle. C’est bien rare. C’est tellement simple que sa simplicité même vous aveugle. Et c’est ce qui fait que la plupart des gens ne l’auraient pas posé, pas peur d’avoir l’air bête. Je crois au contraire qu’il faut poser des questions qui ont l’air bêtes en apparence. Il faut oser. Il faut risquer d’avoir l’air fou. Toujours. Sinon on se contente de répêter les même âneries que les autres.

Et c’est précisément cette faculté que j’appréciais chez Falardeau, ce droit qu’il se donnait de se tromper, d’aller trop loin. Cette préférence de foncer vers l’avant quitte à revenir en arrière. Falardeau enguelait un peu tout le monde, sur un peu tous les sujets. Et j’ai terriblement peur que le silence radio laissé par sa mort ne reste inoccupé si ce n’est par des intellectuels auto-proclamés sans charisme.