Archives de Catégorie: Documentaire

Moments choisis des RIDM 2012

Vous direz que la fille abuse avec trois articles sur les RIDM. Que voulez-vous, je suis en feu et je voulais vous partager mon enthousiasme.

Moment choisis des RIDM 2012

Film préféré :

Only the Young. L’adolescence américaine croquée sur le vif. Le beau du trash. Les émotions brutes et intègres de personnages qui crèvent l’écran. Une des très belles sélection du tableau de chasse de Charlotte Selb cette année.

Conférence préférée :

Étude de cas : 5 broken cameras. Quand un documentariste vient vous toucher droit au cœur et interpelle le public pour le confronter au rôle qu’il doit jouer : «Et vous maintenant, qu’allez-vous faire pour que ça change?»

(en réponse au succès de ce film, l’Excentris le présentera les 19, 20 et 22 novembre à 17h)

Moment touchant :

L’hommage à Magnus Issacson. Une courte-pointe d’amis, de collaborateurs, de photos et d’extraits de films qui m’ont fait découvrir l’évolution du propos à travers les années et la richesse de l’œuvre de ce documentariste de vocation.

Moment coup de cœur :

Voir les dragqueens et les artistes burlesques monter sur la scène du lounge des RIDM pour captiver l’attention des spectateurs avec leurs numéros de striptease et de lipsync. Les RIDM nous entrainent vraiment dans toutes sortes d’univers avec ses soirées spéciales qui y sont pour beaucoup dans l’ambiance vibrante du festival.

Moment pur plaisir :

L’animation du panel sur la relève féminine en documentaire présenté par FCTNM avec ma comparse Sarah Spring et les réalisatrices. Caroline Martel, Amy Miller, Marlène Edoyan, Shannon Walsh et Nadine Gomez.

Sarah et moi avions envie d’un panel de femmes sur lequel on parlerait des films, des démarches, des collaborateurs, des réalisatrices. Pas seulement le fait d’être femme mais leurs créations, leurs œuvres. Devant une salle comble, les réalisatrices ont su transmettre leur passion et leurs questionnements. L’an prochain : trouver une formule qui ferait en sorte que nos collègues masculins fassent aussi partie du public.

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RIDM 2012 : Quelques ingrédients de la recette magique

De mon point de vue l’édition 2012 des RIDM est un franc succès. Sans attendre que ce soit terminé, j’avais envie de féliciter les organisateurs. Bref aperçu de quelques ingrédients qui m’ont semblé contribuer au succès de l’édition.

Doc Circuit : galvanisant

Chapeau à l’organisation de Doc Circuit pour une programmation de haut calibre qui a su nous faire comprendre que le monde est à portée de main. Que les festivals internationaux, les marchés, les co-productions, tout ça est possible. Grâce à eux, j’ai pu fraterniser avec des directeurs de festivals, créer des lien, rencontrer l’inspirante Louise Rosen, bref sentir que j’étais prête à passer à un autre niveau. Bravo.

Le pouvoir de la communauté

Les RIDM c’est aussi un concentré de communauté où on côtoie de façon intensive pendant 10 jours tous les collègues du documentaire. Une façon de se sentir plus fort, de se remonter le moral, de retrouver la force de serrer les dents en ces temps de crise. Je suis contente de sentir de plus en plus le mélange des générations et l’impression que nous trouverons les solutions ensemble. Hâte à la suite!

Une directrice près des artisans

Je n’ai pas encore une grande expérience des festivals mais je dois dire que je suis impressionnée par le naturel de Roxanne Sayegh qui arrive à merveille à jouer le rôle de liant, à faire se parler les différents invités du festival, à nous faire sortir de notre bulle québécoise. Accessible, modeste, brillante, une femme bien inspirante

Faire rayonner le documentaire

Mon girlcrush des RIDM va sans contredit à la relationniste de presse Caroline Rompré. Grâce au travail acharné de Caroline, notre film, Le dernier cabaret a bénéficié d’une couverture enviable. Passionnée de documentaire, la générosité et la sensibilité de Caroline au travail des documentaristes m’a beaucoup touchée. Le genre de perle dont il faut bien prendre soin puisque ce sont des gens comme elle qui nous permettront de rallier un public de plus en plus large dans les salles de cinéma documentaire.

Bilan du haut d’un nuage

Les RIDM ne sont pas encore terminés et déjà, je me sens en mode bilan. Il faut dire que cette édition a pour moi quelque chose de grisant. Je profite donc de ce moment où j’ai l’impression de flotter, pour regarder, derrière, le chemin parcouru.

Quatre ans après la présentation d’Un trou dans le temps, notre premier film, nous revenons aux RIDM avec le plus récent documentaire de Catherine Proulx, Le dernier cabaret.

Déjà quatre ans et pourtant, je me rappelle à quel point nous étions impressionnés d’avoir été sélectionnés par les RIDM à l’époque. J’avais fait une razzia de linge de madame pour «avoir l’air d’un productrice». Veston trop structuré, pantalons palazzo, tout un attirail pour me convaincre que moi aussi, je pouvais appartenir à ce monde.

Je me rappelle les 5 à 7 à tenter de percer les cercles déjà établis, à prendre mon courage à deux mains pour trouver le «guts» de parler à des inconnus. Plantée debout, verre à la main à scruter du regard la foule avec souvent l’envie de retourner dans ma zone de confort. Je me rappelle ma rencontre avec Isabelle Couture, quand on s’était toutes les deux spottées et choisies comme «amies de festival», un soutien moral qui arrivait à point.

Et aujourd’hui, au milieu de cette édition ma foi réjouissante : première devant une salle comble, soirée spéciale Cabaret Cléopâtre électrisante, panel de l’Observatoire du documentaire, article de Nous sommes les filles qui touche droit au cœur; je réalise que ça valait la peine.

Ça valait la peine de bûcher, de persister, d’y croire

Il faut dire aussi que les RIDM de cette année ont su mélanger les bons ingrédients pour nous faire sentir que le monde nous appartient.

L’Imposture

Je reviens tout juste de la première du film l’Imposture d’Ève Lamont, présenté aux RIDM. Ève Lamont est reconnue pour son cinéma militant et ses positions féministes. J’avais une certaine idée du genre de film qui m’attendait. Je suis surprise de ressortir de ce film ébranlée dans certaines de mes idées préconçues et surtout touchée par la façon dont les personnages qu’elle nous présente arrivent à mettre en mots leur réalité dans un propos touchant et réfléchi. La relation que la réalisatrice a construit avec ces femmes crève l’écran et donne à ce film une profondeur et une finesse dans le propos.

En bref, Ève Lamont a choisi de faire un film sur l’après-prostitution et sur l’absence de ressources pour soutenir celles qui ont choisi de s’en sortir.

Au coeur de ce film aux personnages nombreux, une jeune femme, mère de famille et ex-prostituée qui retourne aux études et dont la force de caractère impressionne. Il faut voir ce petit bout de femme marcher la tête haute, parler de son passé et surtout prendre en charge son avenir avec toutes les ressources possibles. Plusieurs témoignages bouleversants se succèdent dans ce film et brossent un portrait des multiples visages de cette réalité. Il y a des phrases qu’on entend, comme des révélations, des phrases coup de poing pour nous rappeler des évidences : «La prostitution c’est un viol consentant où un homme a une relation sexuelle avec une femme qui n’en a pas envie. Seul l’argent vient donner bonne conscience et légitimer ce viol.» Des phrases coup de poings : «chaque fois qu’il m’étranglait»…

Mais pour moi la révélation de ce film reste l’anthropologue Rose Dufour et son discours qui fait vraiment réfléchir. L’«imposture», c’est son expression. Son discours prône l’abolition de la prostitution. Pas la légalisation. Pas la sécurité par la construction de bordels et de quartiers supervisés. L’abolition, point. Ses conclusions se basent sur une recherche-action vraiment inspirante où celle-ci a choisi d’offrir son aide aux ex-prostituées. Tout y passe : magasinage de vêtements d’hiver pour les enfants, aide financière aux études, accompagnement, thérapie. Elle se place en pleine action, au sein de l’organisme qu’elle a fondé,  La maison de Marthe et se plonge dans la réalité des femmes pour en faire le portrait. On la sent totalement engagée, empathique, réconfortante comme une mère et prête à défendre son point de vue devant n’importe quelle foule.

Dans le film, la réalisatrice a décidé de lui donner une place de choix et d’utiliser son argumentaire comme colonne du message politique. Présente à la fin du visionnement, celle-ci a répété au public ce pourquoi elle se bat : «La vraie révolution, c’est l’abolition de la prostitution. On dit que c’est le plus vieux métier du monde. C’est faux, la vérité c’est que c’est la plus vieille forme de violence contre les femmes.»

Dur à dire ce feeling qu’on ressent à l’écoute du film. Autant j’avais l’impression de déjà savoir ce qu’on m’a dit. Autant, les témoignages des personnages ont mis des mots précis, réfléchis, sentis sur des réalités qui, je le réalise, me semblaient des fatalités. Des malheureuses fatalités. Et c’est là la force de ce film, c’est de nous faire réaliser le non-sens de cette imposture. Et heureusement, ce film nous fait réfléchir sans oublier de nous émouvoir. Se mêlent l’humain et le politique et c’est tant mieux.

Entendons-nous, l’Imposture n’est pas un chef-d’oeuvre cinématographique. C’est un film fort et utile et juste ça, c’est beaucoup.

Après la projection, sont montées sur la scène, Rose Dufour ainsi que deux des femmes ayant témoigné dans le film. (dont j’ai oublié le nom, je m’en excuse) La foule s’est levée, pour les applaudir. Une ovation debout.

Le film sera présenté à nouveau aux RIDM samedi et suivi d’une discussion. J’ai presque envie d’y retourner, question de confronter les idées qui bouillent présentement dans ma tête au débat qui sera animé j’en suis sûre.

La bande-annonce ici.

NominationS aux Gémeaux!

Bonne nouvelle!! Nous avons appris hier que notre film, Un trou dans le temps était en nomination aux Prix Gémeaux. Double nomination en plus!

Meilleur documentaire : société

  • LA GÉNÉRATION 101 – France Choquette, Claude Godbout, Jean Roy (Eurêka ! Productions)
  • LES ENFANTS DU PALMARÈS – Marie-Josée Cardinal, Marcel Simard (Productions Virage)
  • NAUFRAGES – Cécile Chevrier, Paul-Émile d’Entremont (Phare-Est Média)
  • SOUS LA CAGOULE, UN VOYAGE AU BOUT DE LA TORTURE – Robert Cornellier, Patricio Henriquez, Colette Loumède, Raymonde Provencher (Macumba DOC)
  • UN TROU DANS LE TEMPS – Mélanie Bhérer, Karine Dubois, Catherine Proulx, Marcel Simard (Productions Virage)

Meilleur scénario : documentaire

  • Pascal Gélinas – GRATIEN GÉLINAS, UN GÉANT AUX PIEDS D’ARGILE (InformAction Films)
  • Sylvain Cormier, Daniel Dupré, Olivier Granger, Guylaine Maroist – J’AI LA MÉMOIRE QUI TOURNE « Printemps » (Productions de la ruelle)
  • Marie-Hélène Copti – LA GUERRE DES TUQUES… AU FIL DU TEMPS (Productions La Fête)
  • Élaine Giguère – PROFILAGE RACIAL (Groupe Fair Play)
  • Catherine Proulx – UN TROU DANS LE TEMPS (Productions Virage)

Premier film, deux nominations : pas besoin de vous dire que nous sommes vraiment fiers! Ce film aura été jusqu’à aujourd’hui un projet Cendrillon, parti de la simple volonté de détenus de présenter leur réalité à des jeunes. Nous avons bûché fort et longtemps et nous acceptons avec bonheur la reconnaissance du travail acharné que nous avons mis sur ce film.

Évidemment, difficile de ne pas avoir une pensée pour Marcel Simard dans les circonstances. Plusieurs des productions Virage sont en nomination, il aurait été fier. J’ai beaucoup pensé à lui depuis hier.

Pour terminer sur une note heureuse, la confession du jour, j’ai assumé la groupie en moi hier et suis allée voir Véronique Cloutier pour lui dire à quel point je l’admirais et lui dire qu’elle était un modèle pour montrer à une génération de filles que c’est possible d’avoir du succès en affaires et d’avoir une famille en même temps. Quétaine. Au carré. Véro, fidèle à sa réputation m’a remerciée chaleureusement et a pris le temps d’écouter ma déclaration de girl crush. Et vous savez quoi? Elle est encore plus belle en vrai.

Maintenant, comme d’habitude, reste à bien savourer la nouvelle, à considérer son importance et à s’en servir comme carburant pour la vague de demandes de subventions et de pitchs aux diffuseurs qui arrivent à l’automne

J’m’en va reviendre de l’Abitibi

Je suis en Abitibi depuis vendredi , en tournage avec Sarah Fortin qui réalise un film sur le chanteur Stephen Faulkner. Le film s’intitule «J’m’en va r’viendre». Et c’est ce que Sarah filme depuis un an et demi, le «retour» de Stephen Faulkner. Pour retracer les débuts du projet, je vous invite d’ailleurs à lire le journal de bord du film

Sarah et François L. Delagrave qui profitent du ciel bleu foncé de Rouyn pour faire des images

Sarah et François L. Delagrave qui profitent du ciel bleu foncé de Rouyn pour faire des images

Je remplace donc avec bonheur au département des tâches connexes  sur ce tournage qui suit le périple du chanteur au Festival des guitares du monde en Abitibi-Témiscamingue. Vendredi soir, il jouait au légendaire Cabaret de la dernière chance (le proprio insiste pour qu’on ne dise pas juste «le cabaret»). Un concert vibrant comme on les aime avec en bonus un rappel avec Plume le temps de chanter quelques chansons de l’époque Cassonade. Ce soir, c’est à Amos que ça se passe.

Je découvre donc, sur le tard, ça me gêne, les chansons magnifiques de cet auteur-compositeur aussi talentueux que surprenant. Il y a un effet magnétique autour de ce gars. Outre le fait que le côtoyer donne envie d’être délinquant, de fumer des clopes et de boire du brandy, il y a un magnétisme, une folie qu’on a envie de partager, des envolées passionnées mais aussi une sensibilité perceptible même pour l’étrangère que je suis.

Je me suis surprise à lui trouver des ressemblances avec Falardeau. Ce courage d’assumer les paradoxes de ses coups de gueules. De préférer dire qu’il s’est trompé plutôt que de protéger une image. Intense au quotidien, mais authentique et vrai.

Au piano du cabaret de la dernière chance, à Rouyn

Hier, j’ai eu la chance d’assister à un moment de grâce, Stephen, installé au piano du cabaret, avant l’ouverture, et qui accepte de chanter une «vieille toune», Doris. Le moton dans la gorge, le spm dans le tapis, , j’écoutais Stephen chanter. Moment magique de tournage. Moment de frisson où on peut sentir un chunk de film naître sous nos yeux. Pour moi c’était intense alors imaginez pour Sarah qui, patiente, suit la vie imprévisible de ce personnage depuis un an et demi. Une satisfaction sans doute pour celle confrontée au classique «Pis, c’est pas fini ce film-là?» que connaissent les documentaristes qui savent la valeur de la durée dans un tournage. Je ne vend pas la mèche, mais je peux vous dire qu’avec ce que je vois ici, ça va être une maudite belle vue.

Je vous quitte, on part bientôt pour Amos.

Savourer les bonnes nouvelles

C’était vendredi dernier et déjà, je dois faire l’effort pour me rappeler l’explosion de joie. Elles sont arrivées la semaine dernière. Les bonnes nouvelles de la SODEC. Après l’attente interminable, Catherine Proulx et Catherine Therrien ont finalement reçu les lettres qui leur annonçaient une aide au volet scénarisation du programme Jeunes créateurs. Deux «oui». La même journée. Ô bonheur.

Tout la semaine je pensais à ces fameuses réponses qu’on prend à tort comme une confirmation ou un déni de notre talent. J’ai eu l’argent, je suis quelqu’un. Comme un «je suis fier de toi». Et pourtant. La preuve a été faite que même sans argent, des projets existent et des réalisateurs créent. La preuve, «mon» autre réalisateur, David Plasse a eu un «non» et son talent est bien réel, son univers magique et son avenir de réalisateur prometteur. Il faut dire aussi que les dépôts en fiction c’est vraiment un autre monde. J’en reparlerai

Alors quoi, qu’est-ce qui fait qu’on leur attribue autant d’importance à ces réponses? Un peu de répit, de quoi payer le loyer, se consacrer à la création, enfin? Oui mais plus que ça. Les subventions c’est de la reconnaissance. La confirmation que nous ne sommes plus seuls à penser que ce film doit être fait.

Mais malheureusement à 8 oui pour 45 dépôts en documentaire seulement, disons que ça ne pleut pas la reconnaissance. Avec une relève qui se multiplie de façon exponentielle , combien serons-nous à se battre pour l’argent du programme Jeunes créateurs pour les 10 prochaines années?

Mystère. Mais pour l’instant, rester positif, savourer. Réaliser ce que ça signifie d’être sélectionné.

Et tant qu’on y est, pourquoi pas, parce qu’on bûche assez, se pêter les bretelles en se disant que deux projets produits sur huit sélectionnés, c’est pas pire pantoute! Alors ce soir, je fais l’effort de rester dans l’euphorie et de prolonger l’effet enivrant des bonnes nouvelles.

Si en plus le Canadien gagne…