Quelle place pour les documentaristes dans le web-documentaire?

J’ai bien réfléchi avant d’écrire cet article. Je sais que je risque de déclencher un débat. J’assume.

Je suis allée cette semaine au lancement du nouveau web-documentaire de l’ONF Écologie Sonore. J’y allais principalement pour voir le travail d’Alexandra Guité, une jeune réalisatrice talentueuse rencontrée cet automne aux RIDM et dont je suis depuis le blogue Faire du cinéma en Gaspésie.

J’avais croisé Alexandra dernièrement et elle m’avait parlé de ce projet sur lequel elle mettait tout son coeur pour relever un défi de taille : répondre à une commande de l’ONF en faisant la recherche, réalisant et produisant des capsules documentaires sur douze personnages en lien avec le son et le bruit.

Ce soir-là, j’ai d’abord été surprise par l’ampleur de l’évènement, sachant que le projet avait été fait dans des conditions artisanales, avec une économie de moyens. Mais passons.

Mon malaise s’est accru quand se sont succédés sur la scène Hugues Sweeney, conseiller et concepteur à la  programmation numérique du programme français de l’ONF suivi de Nicolas Saint-Cyr de l’agence TOXA. Le temps avançait, mais personne n’invitait Alexandra à monter sur scène. Pour moi, il semblait étrange qu’on ne demande pas à la réalisatrice de parler elle-même des personnages qu’elle avait débusqués. Surtout que la plupart d’entre eux se trouvaient dans la salle, toujours un indice révélateur de la proximité d’un réalisateur avec ses sujets et souvent, de sa générosité. Il manquait quelqu’un au portrait de famille. Et plus le temps avançait, plus mon malaise grandissait.

Il a fallu que quelqu’un du public propose de faire monter sur la scène Alexandra Guité qui avait fait la recherche, la réalisation et la production des capsules documentaires. Et elle a fait quoi Alexandra une fois sur scène? Elle a jeté sur la salle son sourire rayonnant et elle a remercié ses collaborateurs, un par un. Elle a aussi glissé un mot sur les «conditions artisanales» et l’incroyable défi de réaliser toutes ces capsules.

Pourquoi dire tout haut ce malaise? Parce que si l’ONF entend prendre le virage du web-documentaire, il faut s’assurer de reconnaître les artisans qui portent sur leurs épaules la dimension documentaire des projets justement. Sinon, on appelle ça du web. Point.

J’exagère? Lisez cet article de Philippe Renaud paru la journée du lancement. On y parle abondamment de plusieurs des douze personnages débusqués par Alexandra, on y parle de l’ONF, de TOXA mais… ah oui, si, d’Alexandra, dans la dernière phrase de l’article, pour la «réalisation de portraits vidéos».  Quand on veut réaliser des portraits vidéos, on fait des corpos pour des organismes à but non-lucratifs . Quand on fait du web-documentaire, qui plus est à l’ONF, on s’attend à ce que son travail de documentariste soit reconnu.

Si le web-documentaire est un genre qui est là pour rester, il faut rapidement se poser de sérieuses questions sur la reconnaissance des différents artisans d’un même projet. Des documentaristes fournissent une âme et du contenu à un projet web qui, demande lui-aussi une vison créative d’ensemble. Est-ce vraiment impossible de trouver de la place pour tout ce beau monde sous les projecteurs? Je ne crois pas. Un nouveau genre s’impose et il serait vraiment dommage de reconnaître le travail de certains artisans plus que d’autres. Le débat est lancé.

MAJ (Mise à Jour)

Quel bonheur de lire tous ces commentaires! L’objectif premier de cet article était de susciter une réflexion.

Je suis ravie de trouver dans les commentaires des remarques constructives qui vont tout à fait dans le sens de mon propos, c’est-à-dire partir d’une situation qui m’a semblé préoccupante et en profiter pour se poser des questions utiles. Je suis très contente aussi du commentaire de Yannick qui dit développer dans d’excellentes conditions un projet comme web-documentariste au sein de l’ONF. Ça balance.

À la lumière de ces nuances, je crois qu’il faut maintenant recentrer le débat sur les solutions. À l’avenir, comment peut-on favoriser la collaboration tout en valorisant tous les artisans d’un projet, dans ce cas-ci au sein d’un genre en pleine évolution, le web-documentaire?

À ce sujet, je retiens le commentaire fort pertinent de Mireille Couture sur l’appropriation des nouveaux codes par les documentaristes, un point sur lequel Yannick pourrait sans doute parler longuement étant donné son expérience autant dans l’univers web que documentaire. Bref, des discussions à suivre.

À Isabelle Couture, Johanne Fournier, Mireille Couture et Yannick B. Gélinas, merci de vos commentaires!

Merci aussi à ceux qui ont relayé ou commenté via Facebook et Twitter.

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16 réponses à “Quelle place pour les documentaristes dans le web-documentaire?

  1. Tiens, c’est curieux que personne n’ait encore réagi à ton article, Karine, car je crois qu’en effet les questions que tu poses méritent attention et réflexion.

    Je suis parfaitement d’accord avec toi: Le virage web en documentaire ou dans n’importe quel genre cinématographique et audiovisuel, à l’ONF comme ailleurs, ne doit pas se faire au détriment des contenus. Il faut continuer de donner aux réalisateurs les moyens de développer les idées et propos qui sont au centre d’une création. Il faut aussi faire preuve de reconnaissance à l’égard de ceux qui donnent leur réelle substance à ces formidables projets dits « innovants ».

    Les technologies les plus récentes et les nouvelles plateformes offrent une multitude de possibilités et laissent entrevoir un avenir excitant, tant pour le public que pour les créateurs.

    Il n’en demeure pas moins que ce sont essentiellement des contenant, des nouvelles formes de présentation, d’emballage. Ils modifient d’une part les façons de structurer une idée ou un discours. Et d’autre part bien sûr, en tant que spectateur, notre façon de consommer les médias.

    Je comprends qu’on puisse triper sur toutes ces belles innovations technologiques, et qu’on ait envie de les explorer, de les valoriser. Parce que oui, c’est réellement excitant tout ça!

    Mais de grâce, n’omettons pas l’importance du contenu lui-même, qui continuera toujours de constituer la substance même de tout projet, que ce soit sur le web ou ailleurs.

  2. Johanne Fournier

    Oh! que cela est pertinent et à-propos! J’ai bien regardé (écouté, lu) Écologie sonore et les portraits d’Alexandra sont la sève de ce projet, quoi qu’en dise la parade. Un autre plafond dans lequel faire un grand trou!

  3. J’aime que la forme d’un documentaire, qu’il soit web ou unique, ait une identité puissante. Mais je suis convaincue que sans un propos solide, comme Alexandra l’a apporté, un documentaire web devient insipide.

    Comme dans la construction d’un documentaire unique, il y a des défis techniques qui doivent être relevés en équipe, et dans le cas d’Écologie sonore, quelles furent les plus grands défis à relevés ? Qui en a pris la responsabilité ?

    Bien que je n’ai pas pu aller à la présentation de ce projet, vos observations suscitent une série de question…

    Est-ce que le rôle du réalisateur, en documentaire web, est réduit à celui de fournisseur de contenu ?
    Est-ce qu’un producteur à plus de mérite qu’un réalisateur dans la création d’un projet de web documentaire ou sont-ils complémentaires ?
    Est-ce que le «web-documentaire-d’auteur» est un genre possible ?

    Personnellement, je crois que nous sommes à l’aube d’une redéfinition du rôle de réalisateur. Il sera moins «la vedette» d’un projet tant qu’il ne maîtrisera pas des nouveaux moyens techniques mis à sa disposition. Outre l’apport d’une vision, le documentariste doit l’incarner avec de nouveaux codes. Quel a été le rôle d’Alexandra dans ce projet ? A-t-elle eu un droit de regard sur l’ensemble du projet? Je l’ignore.

    Pour l’instant, les spécialistes du web sont des guides. N’est-ce pas une belle occasion d’aller chercher en eux les nouveaux «codes» qu’un documentariste a besoin afin de prendre une plus grande place dans le concept global ?

    Merci d’avoir souligné vos observations dans ce blogue. Vous avez suscité en moi une réflexion qui évoluera sans doute beaucoup dans les prochaines années. Longue vie aux documentaristes dont la démarche authentique…

  4. Bonjour Karine,
    Je suis en développement d’un projet web-documentaire à l’ONF auprès de Colette Loumède (productrice programme français) et tout se déroule à merveille, avec respect et dans l’ordre des choses. Étant donné mon parcours, je suis dans un position où je suis réalisatrice multimédia et documentariste. J’ai commencé les réflexions et les échanges depuis plusieurs mois avec l’ONF. Et je suis très heureuse des conditions dans lesquelle se déroule le projet. Je pense que le genre nouveau demande de définir des nouvelles façons de travailler à laquelle tous doivent s’adapter. L’ONF est une institution et sa priorité est de respecter les créateurs. C’est personnellement ce que je vis.
    au plaisir de se croiser,
    Yannick
    http://reduxdetritus.wordpress.com/

  5. oups: * lesquelles

  6. Bonjour,

    Merci de lancer le débat, mais je ne suis pas sur d’être d’accord avec vous.

    Je trouve fort dommage que vous vous disputiez des lauriers avec les « concepteurs » à qui vous avez l’air de refuser le statut d’artisan ou d’auteur, et dont le travail aujourd’hui est précisément d’inventer un futur au métier malmené de tous les auteurs, réalisateurs, documentaristes.

    Je trouve personnellement qu’il est trop tôt pour les combats d’ego, et qu’il faut plutôt se battre tous ensemble pour faire émerger de nouvelles choses. Laissons les anciens réflexes au vestiaires, et lâchons les susceptibilités d’auteur pour leur inventivité.

    Le webdocu, ce n’est pas seulement des petits films regroupés dans un site. C’est un projet global, qui met au même niveau le concepteur, le designer et le réalisateur (entre autres, et tous les autres…). C’est un peu comme si on ne félicitait que les menuisiers pour la fabrication des chalets (l’architecte ou le peintre compte tout autant, et leur capacité à s’entendre de même..).

    J’étais à cette soirée aussi, et je n’ai pas perçu d’accaparation du travail de tel ou tel par une organisation. J’ai juste vu le lancement d’un projet par la structure qui la finance et la produit. Dans ce cas, ce qui compte c’est la promotion. le boulot du « diffuseur » dans ce cas, c’est de ramener l’audience. Pas de distribuer des bons points…

    Les réalisateurs seront contents si le public vient. Pas si on leur donne un micro dans une soirée de relations publiques. J’ai également apprécié l’intervention de la réalisatrice. Mais j’ai surtout apprécié son film projeté. Cet oubli de la part de l’ONF ne me semble pas si coupable…

    Nous changeons d’ère, et les statuts sociaux de l’époque d’avant n’ont plus tout à fait cours… Désormais, les artsistes, auteurs, concepteurs, réalisateurs doivent d’entendre pour penser differemment, pas se disputer les accessits.

  7. Cher Joël,

    Voila une drôle de situation… discuter publiquement avec son diffuseur [ toi, Arte.tv ], quand on est soi-même auteur-réalisateur [ http://prisonvalley.arte.tv/ ] ,-)

    Personnellement, je pense que Karine soulève une question d’importance: la place de l’auteur.

    Je crois, cher Joël, comme toi, que cette place est amenée à changer dans le webdocumentaire. Mille fois d’accord avec toi pour souligner le rôle essentiel du concepteur dans un webdoc. Tu le places au niveau des… auteurs. Ce que je fais bien volontiers à mon tour.

    Néanmoins, je ne crois pas avoir lu dans ce billet de Karine Dubois la moindre querelle d’ego, la moindre de dispute d’accessit, ou je ne sais quelle vaine bataille. Mais, simplement, la volonté qu’on n’oublie pas les auteurs.

    Et je suis mille fois d’accord avec elle quand Karine Dubois dit que, sans auteurs (et je mets donc les concepteurs, mais pas eux seulement), les webdocumentaires n’ont de documentaires que le web (le nom). C’est en quoi je te disais par twitter interposé: le genre grandit, le débat monte.

    Tous ceux qui suivent l’évolution du webdoc le savent bien: les réussites sont les fusions des métiers. Pas la mainmise techno sur un récit. Ou l’inverse.

    Je crois, et tu le sais bien, pour en avoir parlé avec toi à plusieurs reprises, à la vertu de la narration, de l’histoire, de la mise en écrit. Donc, au rôle de l’auteur. Je dis bien au rôle. Pas à la place.

    Bien à toi.

    David

  8. C’est un débat très sain. Mais on constate des cas de figure différents ici : un webdocu conçu, pensé, dès le départ par un auteure qui va s’entourer d’une équipe d’artisans pour mettre son projet en ligne ; et, dans le cas qui fait polémique, celui d’une réalisatrice qu’on a convoquée comme artisan justement, pour participer à un concept qu’elle n’a pas développé. Toutefois, par respect, politesse et reconnaissance, elle aurait effectivement pu être présentée au public, surtout si la qualité de son travail participe à donner de l’ampleur à l’ensemble. Mais on n’est pas loin d’une classique situation télévisuelle : les séries documentaires notamment, quand elles ne sont pas réalisées par des vedettes du docu (H. Latulippe), ne mettent pas de l’avant les réalisateurs, mais plutôt une équipe de production, voire un « brand » (Urbania). Ce qui me fait relancer la polémique sur une autre voie : le webdocumentaire s’apparente le plus souvent à de la série documentaire selon moi, à du magazine télévisée, et parfois à du reportage, ce qui n’est pas une insulte pour les créateurs puisqu’il y a de la qualité. Le fameux projet PIB de l’ONF d’ailleurs peut être considéré comme un documentaire (la crise documentée) dans son ensemble ; alors que prises individuellement, les capsules qui le constituent n’ont souvent un intérêt, un sens que parce qu’elles appartiennent à ce tout. Bref, stimulant.

  9. lebloguedubois

    D’abord, je me permet de vous remercier encore pour ce niveau de débat relevé qui nous change de certains panels soporifiques sur l’avenir du documentaire à l’ère du web qui pullulent ces temps-ci. Aussi, merci pour ce débat axé sur la création, les auteurs, les artisans et non sur la recherche d’un  »modèle d’affaire » …
    Des plus récents commentaires (une MAJ se trouve à la fin de l’article pour les premiers commentaires), je retiens le débat à suivre sur la difficulté de partager les statuts d’auteur et d’artisan selon la nature du projet. Pour moi, ce qui importe c’est de reconnaître la contribution artistique de chacun au projet. Et à ce sujet, je persiste et refuse qu’un documentariste qui trouve les personnages d’un récit soit considéré comme un exécutant qui répond à une commande. Trouver des personnages, construire une relation de confiance avec eux et les amener à se confier à une caméra relève selon moi d’un travail d’auteur.
    Mais j’insiste pour reconnaître le travail des réalisateurs-web, auteurs du projet. En effet, dans un monde où plusieurs sont à se redéfinir : documentaristes migrant sur le web, concepteurs web migrant vers le documentaire, tous on a apprendre et la conception interactive reste un univers difficile à maîtriser. Laissons-nous guider en reconnaissant l’expertise.
    Après ces échanges, je crois qu’on peut faire consensus sur le fait que le web-documentaire est un genre à définir, qui s’écrit la plupart du temps à plusieurs mains. Et à ce sujet, je ne peux que seconder David Dufresne quand il dit que la réussite passe par la fusion des métiers.
    Quand aux nouveaux éléments apportés par Arnaud, je pense qu’il y a là de l’excellente matière pour des débats à venir. Je serais curieuse de vous entendre entre autres sur cette affirmation :  »le webdocumentaire s’apparente le plus souvent à de la série documentaire selon moi, à du magazine télévisée, et parfois à du reportage, ce qui n’est pas une insulte pour les créateurs puisqu’il y a de la qualité. » Ouf! On relance le débat?
    De mon coté, j’aimerais vous revenir dans un avenir proche avec un autre sujet sensible : quand le web-expérientiel s’associe au contenu documentaire, quels sont les avantages et les désavantages? À suivre.

  10. Patrick Pearce

    C’est le studio système hollywoodien qui fait un retour en force 2.0 ou quoi ? Si la méga-équipe technique, médias sociaux et marketing c’est la prod mais aussi le PR, la promo et l’exploitant on n’en est peut-être pas loin. La question clé : le final cut, faut-il faire intervenir les français pour remettre l’Auteur Docuweb à sa juste place??(!) Non mais sans farce on voit que l’ONF est content d’être web-pionnier, cooloose, célébrons ça. Le succès d’un projet web est le fruit de tous ses artisans, c’est clair. Mais commençons par laisser parler l’auteur-réalisateur, car si les autres artisans peuvent créer les conditions nécessaires, seul l’auteur-réalisateur peut créer les films nécessaires et suffisamment puissants pour couper à travers l’océan de contenus sur web et réjoindre les publics.

  11. Merci d’avoir lancé ce débat! Du coup, Je me sens moins seul avec ces questionnements…
    Depuis un an, j’initie des projets de webdocs en tant qu’ auteur-réalisateur depuis Strasbourg et je constate tous les jours qu’on est en présence de deux cultures professionnelles très différentes, notamment dans leur rapport au temps. D’un coté, les professionnels du web sont habitués aux rythmes des projets de com’ où le model économique exige une très grande réactivité. De l’autre coté, les professionnels de l’audiovisuel ont un autre rapport au temps, qui es rythmé par les commissions écriture, puis développement et production du CNC, SCAM, Régions…
    Pour monter des projets entre des équipes de ces deux univers pro, c’est casse-tête mais là est l’enjeu : Trouver des rythmes communs ! Ça viendra… En France, la commission CNC-nouveaux médias est en train de structurer les jalons de la réalisation d’un projet de web-doc, même si on peut regretter que la dernière commission écriture de Mars semble avoir été plus dans une logique de prix que d’aide au développement. En effet, tous les projets présentés par des auteurs avaient déjà une existence sur le web….
    En tout cas, Je ne m’inquiète pas non plus sur l’émergence d’un auteur collectif du webdoc. Je viens d’animer un atelier sur le webdoc auprès d’étudiants en journalisme radio du CUEJ de Strasbourg. Il y a eu de très beaux projets issus de la collaboration entre ces étudiants et leurs collègues de la section JRI ou presse écrite !
    L’avenir est au webdoc !

  12. lebloguedubois

    @Max Contente de voir tout cet enthousiasme pour le webdoc. Je crois que vous avez un très beau privilège en France d’avoir vu une institution publique ouvrir rapidement un fonds-pilote destiné au web-documentaire. Sur le terrain, je ne sais pas comment ça se passe en détails mais vu d’ici, c’est une sacrée chance de voir l’État qui encourage un genre innovant rapidement. Ici on peut dire que l’ONF est vraiment en avance dans ce domaine. Mais il sera important selon moi de penser à un financement public destiné aux indépendants qui souhaiteraient se lancer dans la production de web-doc. Hum… comme moi par exemple. Une autre piste à suivre!

    @Patrick J’ai un peu de mal à saisir le sens de ton intervention à cause des vocabulaires que je ne maîtrise pas encore. (ou qui diffèrent de chaque coté de l’océan?) Auteur docuweb, auteur-réalisateur : de qui on parle et qui fait quoi?

  13. Patrick Pearce

    Je faisais référence à la même personne – le réalisateur – de façons différentes. Ayant écrit ça, c’est certain que l’écriture doit en partie s’attribuer dans bien des cas à l’équipe de recherche et peut-être le producteur aussi, mais je trouve que le réalisateur qui normalement fait la sélection dans tout ça et évidemment au travers du montage devrait être reconnu toujours comme premier auteur des films résultants.

  14. lebloguedubois

    @Patrick Merci de la précision. C’est que dans le cas qui nous concerne ici, il y a deux postes créatifs importants : la réalisatrice des portraits documentaires et le réalisateur web dont les mandats sont tous les deux essentiels. Comment reconnaître justement le travail de ces deux rôles complètement différents, c’est un peu la question.

  15. C’est clair, avec le documentaire Web nous sommes à l’orée d’un nouveau genre. Ceci engendre des arrimages féconds entre les disciplines (son, texte, Web, vidéo, design, interactivité…) mais aussi des bouleversements au niveau du contenu, des rôles de tous et chacun, tout comme des mutations importantes dans les conditions de travail (effritement des salaires, réduction des moyens, standards de qualité ambigus, délais de plus en plus précipités, manque de compréhension des tâches mutuelles et multiplication de celles-ci, balises inexistantes, flou sur les crédits, absence de génériques, questionnements sur les notions d’auteurs…). À la lumière de ce débat soulevé par Karine Dubois, on s’aperçoit que beaucoup d’éléments sont encore à définir et à créer. Il est effectivement essentiel d’en parler et de s’assurer que le travail de tous les auteurs soit bien respecté. D’ailleurs, l’équipe d‘Écologie Sonore a décidé d’effectuer une refonte de la page des crédits du site qui mettra vraiment de l’avant notre travail d’auteur. Il a aussi été entendu que les films porteront des génériques lors de leur diffusion sur d’autres plates-formes.

    J’aime l’image de l’architecture soulevée par Joël Ronez. Mais je ne peux m’empêcher d’imaginer, plutôt que des chalets construits sous l’égide d’un architecte par des menuisiers anonymes, que dans le cas du projet Écologie Sonore de l’ONF, il s’agit plutôt d’une œuvre architecturale d’ensemble.

    On peut penser à la métaphore d’une exposition universelle comme Expo ’67 à Montréal où, sous une idée directrice commune, des architectes différents aux talents multiples créent des pavillons uniques qui forment un tout, un village. Dans ce genre d’œuvre multidisciplinaire, je crois que le rôle du producteur, du directeur artistique et du réalisateur Web devient alors, entre autre, de mener la grande barque de la narration éditoriale, d’inspirer, de créer des structures de production/soutien/diffusion adéquates et de mousser la créativité des auteurs et artistes réunis. Il devient alors naturel et organique pour l’ensemble des créateurs, auteurs, producteurs et personnages impliqués avec cœur et talent dans de tels projets de célébrer et de reconnaître ensemble leur création commune tout comme l’apport artistique de chacun.

    Une fois l’idée transmise, ce sont les créateurs et les auteurs qui la mettent au monde, l’alimentent et la font croître. Dans un projet porteur avec un sujet inspirant comme a été pour moi l’Écologie Sonore, il est facile de créer et de réaliser du contenu original. Il serait bizarre d’envisager que parce qu’il y eu commande ou apport d’idées de la part de la production ou d’autres créateurs, le rôle d’auteur est moins mérité. Je vois le documentaire Web comme un art de collaboration et de dialogue, tout comme l’est le cinéma. Et dans ce cas, les producteurs du projet m’ont accordé, comme recherchiste, scénariste, cinéaste et productrice du contenu vidéo documentaire confiance, autonomie et liberté artistique quasi totale.

    Plusieurs l’ont évoqué, sans contenu, l’intérêt du contenant est mince. Merci d’ailleurs à tous ceux qui ont souligné la qualité des films que j’ai signé pour Écologie Sonore. Mon mandat était d’amener un visage humain au projet en y assurant la création complète de 12 courts-métrages autour de personnages attachants, vivant des enjeux singuliers avec le son, le tout inspiré de la sensibilité des classiques du cinéma direct de l’Office National du Film. Défi cinématographique s’il en est un. En effet, à la lumière de cette expérience, il m’est devenu évident, comme cinéaste, que quelle que soit la plate-forme, si le résultat souhaité est cinématographique, faire des films demeure faire des films. Et justement, aujourd’hui je suis fière de terminer le montage et de livrer mes 5 derniers courts-métrages documentaires du projet. J’espère qu’ils sauront vous toucher ☺

  16. Pingback: Vous avez dit Webdocumentaire? « La liberté tranquille

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