L’attente

C’est le premier hebdo Jules de 2010 de Geneviève Lefebvre qui m’a inspirée.

Seriez-vous intéressés à venir discuter de votre expérience avec nos étudiants?

Chaque fois que c’est possible, je dis oui. Comme plein de gens que je connais d’ailleurs. Ce n’est jamais à cause du “cachet” et presque toujours pour avoir enfin la chance de pouvoir pontifier devant une bande d’étudiants plus jeunes, plus beaux et plus fous que les vieux croutons que nous sommes.

C’est une question qui revient souvent. Immédiatement suivie de “nous n’avons pas de budget pour vous payer”.

Ça m’a fait pensé à cette drôle d’impression ressentie chaque fois que nous présentons notre documentaire sur la prison, comme la semaine dernière au Centre Saint-Pierre ou encore mardi au pénitencier de Cowansville. L’ivresse des périodes de questions qui suivent fait du bien : notre film est utile, il provoque la discussion. Quel bonheur.

Mon silence blogue du mois de janvier s’explique par un mot : l’attente. Et ces temps-ci, j’ai l’impression que cette attente d’appuis, de financement, de tout, me gruge.

Je cherche le mot français mais tout ce qui me vient c’est struggle.

Un drôle de mood. À la fois tellement de beaux commentaires chaque fois qu’on présente notre film. Chaque fois cette impression d’avoir fait exactement le film que nous voulions et qui, pour notre plus grand bonheur, provoque presque toujours l’effet escompté.

Mais au fond, en permanence, reste cette impression de toujours courir après quelque chose, de toujours attendre des appuis qui ne viennent pas facilement. L’attente ça épuise. Et quand les bonnes nouvelles arrivent, j’ai l’impression que ça se compare à un shoot d’héro. Exaltant un bref instant mais qui mène tout de suite au :  «à quand le prochain?».

Alors en ce début de janvier, j’ai cette impression que le monde va mal, que ça pête de partout, que rien n’est facile. On attends, mais en même temps on travaille sans répit. En même temps, quand je prends le temps je réalise que mon baluchon est plein de beaux projets. De documentaires fantastiques qui pourraient vraiment rocker si seulement… Et la ronde des «si» recommence.

Nous aurons des réponses de la SODEC le 29 janvier. Trois réalisateurs que j’appuie à différents niveaux sauront s’ils ont enfin un peu de fonds pour développer leur idée.

En attendant on fait comme d’habitude : on développe au jus de bras et grâce à des gens qui acceptent de rêver avec nous et de mettre du leur dans notre quête. On rêve à dans trois ans, quand on présentera le film devant un public.

En attendant, pour calmer le doute et apaiser l’attente on écoute les sages, celles qui essaient fort d’être zen malgré tout et on regarde le travail colossal de Geneviève qui réussit en se disant que oui, ça vaut la peine de bûcher.

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3 réponses à “L’attente

  1. Un shoot d’héro… Hum, j’en ai jamais fait, mais oui, ça ressemble à ça.

    Cela dit, plus ça va, plus le plaisir me prend par surprise, jamais d’où je croyais qu’il viendrait. J’imagine que ça veut dire qu’il faut rester le plus ouvert possible à toutes les sources!

  2. Je suis un réalisateur et je t’aime

  3. Quand j’ai lu ton sujet de blogue, je me suis dit que c’était le mot qui me hantait ces temps-ci. L’attente. L’attente d’une subvention qui va peut-être venir et qui, quand elle arrive nous plonge dans un bonheur explosif, pendant quelques semaine du moins! Puis ensuite, on se met à tourner nos images et l’attente prend un sens … enfin! Puis, comme tu le mentionnais, il y a la diffusion qui nous remplie d’une énergie tellement précieuse. Les réactions, les discussions, les belles rencontres, l’impression d’exister et d’être utile!
    Mais les «entre-projets» nous rattrape toujours et parfois, on se demande pourquoi on s’investit corps et âme dans une «job» pas payante, mais qui nous stimule autant… Peut-être parce les idées nous réveillent la nuit et que la meilleure façon de les canaliser c’est de les exécuter! Peut-être parce qu’on ne pourrait pas faire autrement… même si parfois je me dis que ce serait moins compliqué de servir des cafés latte à des granos souriants dans un village des Laurentides…

    J’ai croisé récemment Hugo Latulippe et il me disait qu’il n’avait pas reçu de subvention depuis près de 3 ans pour ses projets de films… après la rédaction d’une vingtaine de demandes. Il expliquait que ça le faisait rire ensuite lorsqu’il était invité comme documentariste lors de conférences. Et pourtant!

    C’est avec des rêveurs plein d’initiatives et d’ambitions qu’on bâtit une société solide! (cliché, je sais) C’est que nous sommes si nombreux à rêver, à vouloir donner un sens à nos projets, à vouloir les partager!

    Merci Karine pour ton «post»…et désolée d’en profiter pour exorciser tout ça!

    Bonne chance pour tes subs!

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