Si j’étais contracteur

Depuis quelques semaines, je mijote cette comparaison qui, selon les jours, m’enrage ou me fait sourire.

Après avoir passé le plus clair de mon temps des dernières semaines à remplir des demandes de subventions pour les différents projets de films pour lesquels je travaille, je me suis mise à me demander comment aurait pu se produire le scandale des liens entre le crime organisé et le secteur de la construction si les contracteurs avaient eu à passer au travers de la même démarche que les cinéastes pour obtenir du financement public.

C’est que je ne crois pas que les gens qui traitent les artistes de paresseux se doutent du travail qui se cache derrière chaque dollar demandé à l’État. Par exemple, notre dernière demande au programme Jeunes créateurs fait environ une quarantaine de pages. Le montant demandé? 5000$. Ça fait une page pour chaque 125$ demandé.

En respectant le ratio quantité de papier rempli vs montant demandé, imaginez la brique qu’aurait déposé le consortium Génieau pour le contrat de 356 millions des compteurs d’eau. Un document d’un peu plus de deux millions de pages!!

Et pour une récente demande à un arrondissement pour développer un documentaire à partir d’un de leur projet? Un document d’une dizaine de pages qui m’a demandé une fin de semaine complète de travail. Le montant demandé? 2 580$. L’entente conclue avec la ville ensuite fait 8 pages…

Quand j’en parle à mon frère ingénieur ça le fait rigoler : -moi je remplis un formulaire :  »le pont est fini » documents d’appui?  »rapport qui montre que le pont est fini » Le chèque finançant la construction ne tarde jamais à arriver…

Quand je veux vraiment rire, je fais seulement penser à quoi pourrait ressembler la section  »démarche de l’auteur/note d’intention » d’un contracteur soumis aux mêmes critères que les cinéastes?

Note d’intention :

En quoi votre projet est-il important pour vous? Pourquoi êtes vous la meilleure personne pour le réaliser? Quelles sont vos sources d’inspiration, les raisons qui vous motivent à vous engager dans ce projet?

-euh… $

Combien de temps faudra t-il pour se débarrasser de cette idée répandue que la culture quête de l’argent alors que les autres secteurs en ont simplement besoin? À quel moment les emplois dans les secteurs du bois, des mines et de l’automobile sont devenus des emplois plus importants que ceux des artistes? Parce que ça ne se fait pas avec les bras?

Une récente étude de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain sur le financement de la culture par le secteur privé le confirme. En voici quelques points saillants :

-le secteur culturel est en forte croissance dans la région métropolitaine de Montréal. En 2008, on recensait 96 910 emplois directs, une croissance annuelle de 4,6% par année en dix ans soit presque trois fois plus que la moyenne globale du marché du travail, qui est de 1,7% sur cette période

-Le salaire annuel moyen des travailleurs du secteur culturel est de 44 000$, ce qui est légèrement inférieur à celui des autres industries (48 500$). Par contre, il est caractérisé par une grande disparité des salaires : le salaire moyen des artistes, auteurs et interprètes est de 24 000$. C’est l’emploi le moins bien rémunéré du secteur culturel, soit à peine plus que la moitié (55%) du salaire moyen.

-La contribution du secteur de la culture à Montréal représente 6% du PIB de la région.

Maintenant, il faut essayer de rester positifs, en attendant les prochains coups de pelle que Harper va nous envoyer en pleine face.

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