La mort de Pierre Falardeau (partie 1)

La nouvelle nous est arrivée samedi. Comme la plupart des gens de mon âge, je l’ai appris par l’entremise de Facebook. La mort 2.0 comme le dit si bien Catherine P.L. sur le blogue d’Urbania

Pierre Falardeau est mort, mon idole n’est plus. Depuis samedi, je suis un peu zombie. Je ravale mes larmes. C’est tellement con de pleurer un mort qui n’est pas un proche. Mais c’est plus fort que moi. Pierre Falardeau est la personne que j’admirais le plus au Québec.

Je me rappelle comme si c’était hier ma première rencontre avec lui. Une amie m’avait proposé d’aller dans une soirée où on projetait Le temps des bouffons.

Journaliste en herbe pour le journal étudiant, j’avais emmené deux enveloppes. Dans une mes questions d’entrevue, dans l’autre, une déclaration d’admiration dans laquelle j’expliquais à Falardeau que j’avais pleuré en lisant la lettre à son père dans le recueil La liberté n’est pas une marque de yogourt.

Falardeau m’avait décontenancée en me demandant de lui poser mes questions d’entrevues live. Aujourd’hui ça me fait vraiment rire d’avoir pensé qu’il répondrait sagement par écrit à mes belles questions tapées à l’ordinateur…! Mon amie lui avait fait remarqué que c’était plutôt ironique qu’il fume des américaines vu son discours. «J’haïs ça quand on me met le nez dans ma marde» avait-il répondu, l’air d’un petit gars qui s’est fait prendre.

Peu de temps après, j’avais reçu une lettre par la poste. Une lettre manuscrite sur des feuilles de cartable. Falardeau avait répondu à ma lettre d’admiratrice.

«Ça me fait du bien de savoir que je ne suis pas totalement inutile, qu’il y a des filles qui pleurent dans un autobus de l’Estrie par une froide journée d’hiver en lisant mes petits papiers»

Durant la conférence je lui avais aussi posé une colle : préfèrait-il les gens qui votent non et qui ont un argumentaire articulé ou ceux qui votent oui sans trop savoir pourquoi? Il avait aussi senti le besoin de revenir sur sa réponse :

Celui qui vote non en croyant savoir pourquoi est un imbécile. Parce qu’on ne peut pas refuser la liberté. On ne peut pas refuser la libération d’un peuple. On ne peut pas refuser l’indépendance […]

Il avait aussi aimé la colle :

Une question simple et essentielle. C’est bien rare. C’est tellement simple que sa simplicité même vous aveugle. Et c’est ce qui fait que la plupart des gens ne l’auraient pas posé, pas peur d’avoir l’air bête. Je crois au contraire qu’il faut poser des questions qui ont l’air bêtes en apparence. Il faut oser. Il faut risquer d’avoir l’air fou. Toujours. Sinon on se contente de répêter les même âneries que les autres.

Et c’est précisément cette faculté que j’appréciais chez Falardeau, ce droit qu’il se donnait de se tromper, d’aller trop loin. Cette préférence de foncer vers l’avant quitte à revenir en arrière. Falardeau enguelait un peu tout le monde, sur un peu tous les sujets. Et j’ai terriblement peur que le silence radio laissé par sa mort ne reste inoccupé si ce n’est par des intellectuels auto-proclamés sans charisme.

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2 réponses à “La mort de Pierre Falardeau (partie 1)

  1. Je suis chez mes parents et ça sent la clope. Je ne dors pas. Je suis dans ma chambre d’ado et je relis les mots de Falardeau. À l’endroit même où je les ai découverts. Entre deux textes, je repense aussi à cette soirée où on avait fait sa rencontre. Finalement, je me couche tard en criss parce que j’ai cherché, dans mes vieux tiroirs, ton article sur Falardeau. Celui auquel tu fais allusion. Je l’ai trouvé et là, je suis un peu émue de lire ce post de blogue dans lequel tu mentionnes cette soirée et cette histoire de cigarette américaine….te souviens-tu que j’avais volé son mégot?… Ben oui, je l’ai aussi cherché dans mes vieux tiroirs. Mais pas trouvé celui-là.

    Je ne sais si tu as encore cet article. Je connais ta manie de tout garder, mais je connais aussi l’existence désencombrée de ta mère… j’apporte ma copie à Montréal au cas où. J’ai relu ton article avec beaucoup d’émotion, au milieu de ma nuit nostalgie Falardeau. J’ai eu un grand éclat de rire à la fin quand tu ventes son passé scouts: furet docile! Je l’avais oublié celle-là!

    Moi aussi j’ai peur du silence radio. J’essaie de me consoler avec des mots de Falardeau à la mort de Gaston Miron. « Quand un résistant tombe, dix autres se lèvent pour ramasser son arme ».

    xxx

  2. Marie : J’ai cherché aussi l’article. Il était pas à proximité. Suis contente que tu l’aies. Furet docile par exemple je m’en rappelais vraiment pas. Très drôle en effet.
    Je pense que sur le reste on se comprend.

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