La mort de Falardeau (partie 3)

La mort de Falardeau me sappe le moral.  À plusieurs reprises ces dernières années, j’avais décidé de me remettre sur le coup de la lettre d’admiratrice et de solliciter une rencontre avec le cinéaste. Je me retrouve coincée avec le cliché «j’aurais donc dû».

En 2003, j’étais tombée sur Pierre Falardeau en entrevue aux Francs-Tireurs et ça m’avait pas mal déstabilisée. Épanoui, souriant mais cinglant, on lui avait enfin donné une fenêtre d’entrevue dans laquelle on lui permettait de s’exprimer en nuances et de faire autre chose que d’aligner les «tabarnak».  J’ai retrouvé la lettre que je lui avait écrite ensuite :

Aujourd’hui, presque dix ans plus tard, je me rends compte que je suis en colère. De plus en plus en tabarnak. De moins en moins capable d’expliquer pourquoi. Chaque fois qu’un débat sur la souveraineté s’amorçe, je me fais prendre au jeu. J’ai une boule dans le ventre, un noeud dans la gorge. J’essaie d’expliquer aux gens pourquoi avoir un pays est mon plus grand rêve et chaque fois je m’emporte, incapable d’aligner les fameux arguments rationnels dont les indécis sont si friands. […]

Depuis la dernière fois où je vous ai écrit, j’ai aussi découvert votre œuvre. Je sais que vous vous tortillez toujours un peu sur votre chaise quand on vous explique que vous avez marqué le patrimoine québécois à votre façon. Laissez faire la fausse modestie. J’ai découvert vos films mais j’ai aussi découvert par vos écrits et vos entrevues, vos «maîtres». J’ai découvert Perreault, Brault, Arcand. Un peu comme on découvre les vieilles robes de sa grand-mère en disant «Mais pourquoi tu m’as jamais dit que t’avais ça» J’ai réalisé à quel point le documentaire était une mine d’or et d’histoire. […]

En fait, par cette lettre un peu confuse, je veux surtout vous dire merci d’être un modèle dans ma vie. Merci de m’avoir fait comprendre qu’il faut raconter son pays par les petites et les grandes histoires, par les gens ordinaires, par ceux qui n’ont jamais pensé qu’ils «méritaient» d’être filmés. Merci de m’avoir transmis votre passion du documentaire. Merci d’être la preuve qu’on peut être tête de cochon toute sa vie. Merci d’être une des rares personne connue qui se permet de douter en public, de se contredire, d’être paradoxal, d’exagérer.

Si notre prochaine correspondance attends encore dix ans, j’espère d’ici là être moins enragée et avoir réussi à faire un film qui me donnera l’impression d’avoir fait réfléchir les gens faute d’être capable de leur expliquer mes convictions.

Au plaisir croiser votre chemin à nouveau

Fouille-moi pourquoi, je n’ai pas envoyé cette lettre.

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