Le blogue Dubois : bûcher, découvrir, créer

L’attente

21 janvier 2010 · 3 commentaires

C’est le premier hebdo Jules de 2010 de Geneviève Lefebvre qui m’a inspirée.

Seriez-vous intéressés à venir discuter de votre expérience avec nos étudiants?

Chaque fois que c’est possible, je dis oui. Comme plein de gens que je connais d’ailleurs. Ce n’est jamais à cause du “cachet” et presque toujours pour avoir enfin la chance de pouvoir pontifier devant une bande d’étudiants plus jeunes, plus beaux et plus fous que les vieux croutons que nous sommes.

C’est une question qui revient souvent. Immédiatement suivie de “nous n’avons pas de budget pour vous payer”.

Ça m’a fait pensé à cette drôle d’impression ressentie chaque fois que nous présentons notre documentaire sur la prison, comme la semaine dernière au Centre Saint-Pierre ou encore mardi au pénitencier de Cowansville. L’ivresse des périodes de questions qui suivent fait du bien : notre film est utile, il provoque la discussion. Quel bonheur.

Mon silence blogue du mois de janvier s’explique par un mot : l’attente. Et ces temps-ci, j’ai l’impression que cette attente d’appuis, de financement, de tout, me gruge.

Je cherche le mot français mais tout ce qui me vient c’est struggle.

Un drôle de mood. À la fois tellement de beaux commentaires chaque fois qu’on présente notre film. Chaque fois cette impression d’avoir fait exactement le film que nous voulions et qui, pour notre plus grand bonheur, provoque presque toujours l’effet escompté.

Mais au fond, en permanence, reste cette impression de toujours courir après quelque chose, de toujours attendre des appuis qui ne viennent pas facilement. L’attente ça épuise. Et quand les bonnes nouvelles arrivent, j’ai l’impression que ça se compare à un shoot d’héro. Exaltant un bref instant mais qui mène tout de suite au :  «à quand le prochain?».

Alors en ce début de janvier, j’ai cette impression que le monde va mal, que ça pête de partout, que rien n’est facile. On attends, mais en même temps on travaille sans répit. En même temps, quand je prends le temps je réalise que mon baluchon est plein de beaux projets. De documentaires fantastiques qui pourraient vraiment rocker si seulement… Et la ronde des «si» recommence.

Nous aurons des réponses de la SODEC le 29 janvier. Trois réalisateurs que j’appuie à différents niveaux sauront s’ils ont enfin un peu de fonds pour développer leur idée.

En attendant on fait comme d’habitude : on développe au jus de bras et grâce à des gens qui acceptent de rêver avec nous et de mettre du leur dans notre quête. On rêve à dans trois ans, quand on présentera le film devant un public.

En attendant, pour calmer le doute et apaiser l’attente on écoute les sages, celles qui essaient fort d’être zen malgré tout et on regarde le travail colossal de Geneviève qui réussit en se disant que oui, ça vaut la peine de bûcher.

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Pour commencer (et surtout en finir) avec le réseautage

30 novembre 2009 · 2 commentaires

«5 à 7 suivi d’une période de réseautage»

Je ne sais pas pour vous mais je haïs (prononcer j’aaayis) de plus en plus les évènements où on m’indique quand il serait pertinent de réseauter. Plus on annonce ce moment, plus je garde mes poignées de mains et mes cartes d’affaires dans mes poches. Ce qui m’amène à me commettre pour la première fois sur un sujet d’article de blogue des plus populaires : le réseautage à l’ère des médias sociaux.

Dernièrement, j’ai été prise par surprise par des gens qui m’ont demandé «Karine, comment on fait ça du réseautage?» Si j’ai souvent été un peu déçue de réaliser que cette demande coïncidait en fait avec la recherche d’un nouvel emploi, j’ai réalisé que j’avais quand même des pistes de réponses.

Et comme j’en ai assez des recettes de réseautage cheap qu’on offre souvent en formation je vous propose mon grain de sel.

Cesser de voir l’utilisation des nouvelles technologies comme un sujet de débat

D’abord, une petite parenthèse sur les réseaux sociaux.

Ma relation avec la technologie n’a pas toujours été facile. J’ai déjà ri de mon coloc qui me parlait du blogue comme du moyen d’information de l’avenir. J’ai craché sur Twitter en croyant qu’on se contentait d’y écrire ce qu’on avait mangé pour déjeuner. Un ami a dû créer mon compte Netvibes à ma place pour me convaincre de l’utilité des fils RSS. Etc, etc, etc. Mais, comme l’apôtre Pierre, j’ai regretté amèrement ce reniement et j’ai dit aux nouvelles technologies : «pardonnez-moi car j’ai douté».

Je pense que ma relation avec les nouvelles technologies est devenue vraiment harmonieuse et productive le jour où j’ai arrêté de voir la nouveauté comme un sujet de débat (pour ou contre facebook? twitter est-il une perte de temps? peut-on faire du  »vrai » cinéma avec un cellulaire?). Pour moi, la question est maintenant de choisir l’application à utiliser en fonction de la pertinence avec ce que je veux faire ainsi que du temps et de l’énergie que ça demande.

Prenons mon cas : je suis travailleuse autonome, productrice indépendante, arrivée au cinéma après des études en journalisme avec plus ou moins de réseau professionnel dans ce domaine.

Poser la question de l’utilisation de Facebook c’était y répondre. Je n’ai pas les moyens de me priver le richesse du contact avec les centaines de personnes qui m’informent, m’interpellent, me nourrissent, m’inspirent, me font rire. Pour Twitter, ça aura été plus long mais j’ai fini par comprendre et j’embarque progressivement. J’aurais pu me braquer et bouder ces nouveaux médias. J’aurais aussi pu rester dans mon sous-sol et à écrire des livres intellectuels sur la disparition des liens sociaux à l’ère des nouvelles technologies… On fait des choix dans la vie.

Des amis qui travaillent dans des emplois traditionnels, de 9 à 5, dans des bureaux et qui ont une charge de travail incroyable me disent, gênés : «Je n’ai pas de temps pour Facebook et Twitter, je suis vraiment out». Pas du tout. Pour avoir déjà eu à faire des jobs de bureaux particulièrement drainantes je peux absolument comprendre que certains emplois n’offrent pas la liberté nécessaire pour vagabonder sur le web (bien qu’à mon avis ce soit hautement bénéfique pour l’entreprise mais ça c’est un autre débat…) De toutes façons, pourquoi utiliser une technologie «parce qu’il le faut» quand on n’a clairement pas le temps? Pour savoir quel personnage de Twilight vous êtes ou nous dire que vous vous êtes enfin acheté une nouvelle télé? Je comprends l’intérêt mais je ne le partage pas nécessairement. Il est possible d’entretenir un réseau social autrement, soyez créatifs. Mais entretenir des contacts restera toujours quelque chose qui demande temps et énergie.

Le réseautage n’est pas une activité avec un début et une fin.

Pour moi, le réseautage n’est pas une activité qu’on décide de faire du jour au lendemain. Le réseautage est un emploi à temps plein. Il ne s’arrête pas la journée où on trouve le poste qu’on recherchait. Le réseautage assidu implique parfois de refuser un souper d’amis pour se rendre dans un 5 à 7 professionnel où on risque de rencontrer de nouvelles personnes qui partagent nos préoccupations. Il implique aussi de mettre notre gêne de coté pour adresser la parole à quelqu’un qu’on ne connaît pas pour s’intéresser à son travail. Et je dis bien s’intéresser aux autres. Pas seulement se ploguer.

Le réseautage c’est penser et répondre aux autres d’abord

Pour moi, le réseautage se construit dans les petits détails. Quand quelqu’un lance un appel sur Facebook : cherche appart, cherche emploi, cherche lift, cherche whatever, lui répondez-vous? Prenez-vous parfois le temps de transférer un extrait de bulletin électronique auquel vous êtes abonné à un ami simplement en lui disant : ça pourrait t’intéresser. Avez-vous déjà transmis une offre d’emploi à quelqu’un qui n’en cherchait pas nécessairement en lui disant : il me semble que c’est ton genre de contrat? Avez-vous déjà fait circuler une offre d’emploi alléchante pour laquelle vous prévoyiez postuler afin d’informer vos amis de l’opportunité?

Pour moi, le réseautage c’est ça. C’est un tricot qui prend du temps à faire. Et comme on ne commence pas à se tricoter un chandail au premier gel parce qu’on sait qu’il ne sera jamais fini avant le printemps, on ne décide pas de réseauter la journée où on a besoin d’un réseau. Il faut du temps pour se forger un réseau. Et plus votre réseau est basé sur une logique  »d’utilitarisme » (j’entretiens des liens uniquement pour mettre ces personnes à contribution quand j’en ai besoin et jamais l’inverse) moins il a de chances de servir et de durer.

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Si j’étais contracteur

26 novembre 2009 · Laisser un commentaire

Depuis quelques semaines, je mijote cette comparaison qui, selon les jours, m’enrage ou me fait sourire.

Après avoir passé le plus clair de mon temps des dernières semaines à remplir des demandes de subventions pour les différents projets de films pour lesquels je travaille, je me suis mise à me demander comment aurait pu se produire le scandale des liens entre le crime organisé et le secteur de la construction si les contracteurs avaient eu à passer au travers de la même démarche que les cinéastes pour obtenir du financement public.

C’est que je ne crois pas que les gens qui traitent les artistes de paresseux se doutent du travail qui se cache derrière chaque dollar demandé à l’État. Par exemple, notre dernière demande au programme Jeunes créateurs fait environ une quarantaine de pages. Le montant demandé? 5000$. Ça fait une page pour chaque 125$ demandé.

En respectant le ratio quantité de papier rempli vs montant demandé, imaginez la brique qu’aurait déposé le consortium Génieau pour le contrat de 356 millions des compteurs d’eau. Un document d’un peu plus de deux millions de pages!!

Et pour une récente demande à un arrondissement pour développer un documentaire à partir d’un de leur projet? Un document d’une dizaine de pages qui m’a demandé une fin de semaine complète de travail. Le montant demandé? 2 580$. L’entente conclue avec la ville ensuite fait 8 pages…

Quand j’en parle à mon frère ingénieur ça le fait rigoler : -moi je remplis un formulaire :  »le pont est fini » documents d’appui?  »rapport qui montre que le pont est fini » Le chèque finançant la construction ne tarde jamais à arriver…

Quand je veux vraiment rire, je fais seulement penser à quoi pourrait ressembler la section  »démarche de l’auteur/note d’intention » d’un contracteur soumis aux mêmes critères que les cinéastes?

Note d’intention :

En quoi votre projet est-il important pour vous? Pourquoi êtes vous la meilleure personne pour le réaliser? Quelles sont vos sources d’inspiration, les raisons qui vous motivent à vous engager dans ce projet?

-euh… $

Combien de temps faudra t-il pour se débarrasser de cette idée répandue que la culture quête de l’argent alors que les autres secteurs en ont simplement besoin? À quel moment les emplois dans les secteurs du bois, des mines et de l’automobile sont devenus des emplois plus importants que ceux des artistes? Parce que ça ne se fait pas avec les bras?

Une récente étude de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain sur le financement de la culture par le secteur privé le confirme. En voici quelques points saillants :

-le secteur culturel est en forte croissance dans la région métropolitaine de Montréal. En 2008, on recensait 96 910 emplois directs, une croissance annuelle de 4,6% par année en dix ans soit presque trois fois plus que la moyenne globale du marché du travail, qui est de 1,7% sur cette période

-Le salaire annuel moyen des travailleurs du secteur culturel est de 44 000$, ce qui est légèrement inférieur à celui des autres industries (48 500$). Par contre, il est caractérisé par une grande disparité des salaires : le salaire moyen des artistes, auteurs et interprètes est de 24 000$. C’est l’emploi le moins bien rémunéré du secteur culturel, soit à peine plus que la moitié (55%) du salaire moyen.

-La contribution du secteur de la culture à Montréal représente 6% du PIB de la région.

Maintenant, il faut essayer de rester positifs, en attendant les prochains coups de pelle que Harper va nous envoyer en pleine face.

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Le luxe d’être informé

25 octobre 2009 · Un commentaire

AlainGravel et Marie-Maude Denis à Tput le monde en parle

AlainGravel et Marie-Maude Denis à Tput le monde en parle

Je viens d’écouter l’entrevue d’Alain Gravel et Marie-Maude Denis à Tout le monde en parle. Ça m’a fait réaliser à quel point les journalistes font un métier ingrat. Quelle reconnaissance donne le public au travail des journalistes? Le vrai, le travail acharné du journaliste qui va là où on ne l’attendait pas et qui surprend par ce qu’il fait découvrir. Ce soir, les téméraires journalistes de Enquête ont eu droit à de grands applaudissements et des sourires empreints de fierté. Mais dans la réalité, qu’en est-il?

Les journalistes du Journal de Montréal sont en lock-out depuis plus de 250 jours. S’ils sont encore sur le trottoir, c’est que peu de gens ont décidé de boycotter un journal écrit par des scabs.  De la même façon, le fait que le JdeM ait mis sur pied une agence pour alimenter le journal durant le conflit n’a pas enlevé l’envie à des centaines de restaurateurs de continuer de distribuer le quotidien en grande quantité. À croire que seul le tabloïd possède le bon format pour une table de Tim Hortons…

Les journalistes de La Presse sont les prochains sur la liste. Crevier a déjà bien commencé ses relations de presse avec son ultimatum. Une tactique vieille comme le monde : faire savoir que des gens gagnent bien leur vie et compter sur la morosité ambiante pour que tout le monde s’insurge et nivelle les conditions de travail vers le bas. L’innovation? Payer une firme «indépendante» pour avoir entre les mains un «avis expert». Malheureusement, cette firme risque de proposer un nouveau modèle d’exploitation s’appliquant aux employés plutôt qu’à l’information sur le web.

Les lecteurs de La Presse seront-ils capables de se passer de leur cahier Habitation le samedi matin si le quotidien devait tomber en lock-out? Combien de lecteurs suspendront leur abonnement pour appuyer les travailleurs de l’information qui ont dévoilé les scandales des dernières semaines? J’espère que le syndicat a un bon fonds de conflit…

Alors quand je vois Alain le mystérieux et sa collègue Marie-Maude se faire applaudir chaleureusement à Tout le monde en parle, je ne peux m’empêcher de repenser à ces rumeurs qui disent qu’élu majoritaire, Stephen Harper songerait à privatiser Radio-Canada. Et bien que le ministre James Moore ait démenti depuis, le refus du gouvernement fédéral d’aider Radio-Canada a combler son déficit(entraînant la perte de 800 emplois) montre bien l’importance qu’on accorde au mandat de la Société d’état.

Et ce soir, la partie de moi qui aurait bien pu décider d’être un «soldat de l’information» après un bacc. en journalisme offre son soutien à ceux qui ont choisi de pratiquer ce métier dans des médias conventionnels. Parce que maintenant que le  journalisme citoyen est à la mode, j’ai bien peur qu’on oublie que nous avons grandement besoin du travail de journalistes «traditionnels» à qui on donne le temps et les moyens de nous informer en profondeur.

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Mort de Falardeau : les échos

28 septembre 2009 · 7 commentaires

Depuis samedi, déjà les papiers se multiplient sur l’homme.

Il y en a qui viennent des amis Jean-Benoît Nadeau, Victor-Lévy Beaulieu

Ses voisines  (Chroniques blondes, Josée Blanchette) qui le croisaient à la quincaillerie et qui ont su voir sa douceur derrière l’ours mal léché qu’il aimait présenter aux médias.

Il y a des vieux papiers aussi qui reviennent à la surface. Ce portrait, dans l’Actualité, en 2001. Je m’en rappelle, la photo de l’article a longtemps été affichée dans ma chambre. Une idole je vous dis. Et quand je lis des commentaires de lecteurs comme celui-ci

ça débarasse ! Au lieu de se afire passer pour un artiste et faire de la politique, il aurait mieux fait de travailler ainsi qu’apprendre le “franssa” comme il disait.

Quand on veut faire de la politique, on le dfait par professionnalisme et non en coulisse avec sa popularité ‘”artiste” (sic!). Tout comme certains ex-présidents de l’Union des Artistes !

M. Falardeau, un rasoir et du savon, ça existe !

ça me confirme que Falardeau faisait bien de continuer de parler de l’acculturation des Québécois et d’envoyer chier la petitesse d’esprit de certains.

Les administrateurs du blogue de Pierre Falardeau ont sans doute la meilleure attitude : donner peu d’attention aux gens qui prennent la peine de se rendre sur le forum du site transformé en livre de condoléances pour traiter le défunt de colon…

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La mort de Falardeau (partie 3)

28 septembre 2009 · Laisser un commentaire

La mort de Falardeau me sappe le moral.  À plusieurs reprises ces dernières années, j’avais décidé de me remettre sur le coup de la lettre d’admiratrice et de solliciter une rencontre avec le cinéaste. Je me retrouve coincée avec le cliché «j’aurais donc dû».

En 2003, j’étais tombée sur Pierre Falardeau en entrevue aux Francs-Tireurs et ça m’avait pas mal déstabilisée. Épanoui, souriant mais cinglant, on lui avait enfin donné une fenêtre d’entrevue dans laquelle on lui permettait de s’exprimer en nuances et de faire autre chose que d’aligner les «tabarnak».  J’ai retrouvé la lettre que je lui avait écrite ensuite :

Aujourd’hui, presque dix ans plus tard, je me rends compte que je suis en colère. De plus en plus en tabarnak. De moins en moins capable d’expliquer pourquoi. Chaque fois qu’un débat sur la souveraineté s’amorçe, je me fais prendre au jeu. J’ai une boule dans le ventre, un noeud dans la gorge. J’essaie d’expliquer aux gens pourquoi avoir un pays est mon plus grand rêve et chaque fois je m’emporte, incapable d’aligner les fameux arguments rationnels dont les indécis sont si friands. [...]

Depuis la dernière fois où je vous ai écrit, j’ai aussi découvert votre œuvre. Je sais que vous vous tortillez toujours un peu sur votre chaise quand on vous explique que vous avez marqué le patrimoine québécois à votre façon. Laissez faire la fausse modestie. J’ai découvert vos films mais j’ai aussi découvert par vos écrits et vos entrevues, vos «maîtres». J’ai découvert Perreault, Brault, Arcand. Un peu comme on découvre les vieilles robes de sa grand-mère en disant «Mais pourquoi tu m’as jamais dit que t’avais ça» J’ai réalisé à quel point le documentaire était une mine d’or et d’histoire. [...]

En fait, par cette lettre un peu confuse, je veux surtout vous dire merci d’être un modèle dans ma vie. Merci de m’avoir fait comprendre qu’il faut raconter son pays par les petites et les grandes histoires, par les gens ordinaires, par ceux qui n’ont jamais pensé qu’ils «méritaient» d’être filmés. Merci de m’avoir transmis votre passion du documentaire. Merci d’être la preuve qu’on peut être tête de cochon toute sa vie. Merci d’être une des rares personne connue qui se permet de douter en public, de se contredire, d’être paradoxal, d’exagérer.

Si notre prochaine correspondance attends encore dix ans, j’espère d’ici là être moins enragée et avoir réussi à faire un film qui me donnera l’impression d’avoir fait réfléchir les gens faute d’être capable de leur expliquer mes convictions.

Au plaisir croiser votre chemin à nouveau

Fouille-moi pourquoi, je n’ai pas envoyé cette lettre.

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La mort de Falardeau (partie 2)

28 septembre 2009 · Laisser un commentaire

Une fois mon admiration décuplée par ma première rencontre avec Falardeau j’ai commencé à me documenter comme une boulimique à son sujet. Cégépienne, j’avais reçu à Noël Pierre Falardeau persiste et filme, un livre d’entretiens entre le cinéaste et Mireille Lafrance.

Ce livre a été mon cours de cinéma 101 à moi. Rien qu’avec les notes de bas de page des films cités par Falardeau, j’avais sous les yeux l’essentiel de ce qu’il fallait voir pour comprendre le documentaire québécois.  À Saint-Henri le 5 septembre, Pour la suite du monde, Golden Gloves, 24 heures ou plus, etc, tous des films que j’ai vu selon la suggestion de Falardeau.

Falardeau a toujours cité en exemple le cinéma vérité inventé à l’ONF. Aurait-il voulu ou pu faire partie du club sélect qui n’avait qu’à lever le petit doigt pour obtenir des mètres de pellicule pour tourner? Je ne sais pas. Falardeau a fait le choix d’un cinéma impossible a censurer. Sauf sur la fin, où les institutions semblaient le bloquer systématiquement.

Avec Falardeau, j’ai bien peur que ce soit l’idée même d’un cinéma national, nationaliste, qui meure. Qui, dans cinq ans, pourra offrir au public des claques dans la face aussi cinglantes que celles de Pierre Falardeau? Qui nous hurlera à la figure que nous sommes en train d’oublier ce qui devrait être notre priorité : faire la souveraineté? Pour un Pierre Falardeau qui meurt, ce sont des dizaines de lettre ouvertes qui se s’écrivent plus, de débats qui n’explosent plus, de dénonciations qui se font trop proprement.

Falardeau était mon cinéaste préféré, égal de ses maîtres Perreault, Groulx, Arcand. Moins porté sur la nuance. Mais pourquoi s’empêcher de frapper fort quand il y a déjà tellement de gens trop lisses?

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La mort de Pierre Falardeau (partie 1)

28 septembre 2009 · 2 commentaires

La nouvelle nous est arrivée samedi. Comme la plupart des gens de mon âge, je l’ai appris par l’entremise de Facebook. La mort 2.0 comme le dit si bien Catherine P.L. sur le blogue d’Urbania

Pierre Falardeau est mort, mon idole n’est plus. Depuis samedi, je suis un peu zombie. Je ravale mes larmes. C’est tellement con de pleurer un mort qui n’est pas un proche. Mais c’est plus fort que moi. Pierre Falardeau est la personne que j’admirais le plus au Québec.

Je me rappelle comme si c’était hier ma première rencontre avec lui. Une amie m’avait proposé d’aller dans une soirée où on projetait Le temps des bouffons.

Journaliste en herbe pour le journal étudiant, j’avais emmené deux enveloppes. Dans une mes questions d’entrevue, dans l’autre, une déclaration d’admiration dans laquelle j’expliquais à Falardeau que j’avais pleuré en lisant la lettre à son père dans le recueil La liberté n’est pas une marque de yogourt.

Falardeau m’avait décontenancée en me demandant de lui poser mes questions d’entrevues live. Aujourd’hui ça me fait vraiment rire d’avoir pensé qu’il répondrait sagement par écrit à mes belles questions tapées à l’ordinateur…! Mon amie lui avait fait remarqué que c’était plutôt ironique qu’il fume des américaines vu son discours. «J’haïs ça quand on me met le nez dans ma marde» avait-il répondu, l’air d’un petit gars qui s’est fait prendre.

Peu de temps après, j’avais reçu une lettre par la poste. Une lettre manuscrite sur des feuilles de cartable. Falardeau avait répondu à ma lettre d’admiratrice.

«Ça me fait du bien de savoir que je ne suis pas totalement inutile, qu’il y a des filles qui pleurent dans un autobus de l’Estrie par une froide journée d’hiver en lisant mes petits papiers»

Durant la conférence je lui avais aussi posé une colle : préfèrait-il les gens qui votent non et qui ont un argumentaire articulé ou ceux qui votent oui sans trop savoir pourquoi? Il avait aussi senti le besoin de revenir sur sa réponse :

Celui qui vote non en croyant savoir pourquoi est un imbécile. Parce qu’on ne peut pas refuser la liberté. On ne peut pas refuser la libération d’un peuple. On ne peut pas refuser l’indépendance [...]

Il avait aussi aimé la colle :

Une question simple et essentielle. C’est bien rare. C’est tellement simple que sa simplicité même vous aveugle. Et c’est ce qui fait que la plupart des gens ne l’auraient pas posé, pas peur d’avoir l’air bête. Je crois au contraire qu’il faut poser des questions qui ont l’air bêtes en apparence. Il faut oser. Il faut risquer d’avoir l’air fou. Toujours. Sinon on se contente de répêter les même âneries que les autres.

Et c’est précisément cette faculté que j’appréciais chez Falardeau, ce droit qu’il se donnait de se tromper, d’aller trop loin. Cette préférence de foncer vers l’avant quitte à revenir en arrière. Falardeau enguelait un peu tout le monde, sur un peu tous les sujets. Et j’ai terriblement peur que le silence radio laissé par sa mort ne reste inoccupé si ce n’est par des intellectuels auto-proclamés sans charisme.

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L’époque des combines et du ketchup

11 septembre 2009 · Laisser un commentaire

Chaque année c’est la même chose quand arrive septembre. Être adulte, c’est essayer d’oublier à quel point la rentrée scolaire a été mon moment préféré de l’année de la maternelle à la fin de mes études, c’est à dire pendant 20 ans…! Mais au début septembre, c’est la pensée pour tous ceux qui s’apprêtent à se lancer dans une glissade banane de ketchup , boire dans des verres en plastique de la bière tiède et chanter des chansons salaces à répondre qui me rend nostalgique.

Je me rappelle comme si c’était hier de ma rentrée uqamienne et de cette impression grisante d’être au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes personnes.

C’est en écoutant cette vidéo que ça m’est revenu le plus intensément. Chapeau d’ailleurs aux initiés du programme de communication à l’UQAM qui ont réussi à rendre cette semaine de débauche féconde créativement en tournant cet impressionnant Lip dub. Je les remercie pour ce doux moment de nostalgie.

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Le bonheur de fermer la fenêtre

9 septembre 2009 · 3 commentaires

L’automne est ma saison préférée. Depuis que j’habite en ville, encore plus.

Aujourd’hui, j’avoue que j’attends avec impatience le moment où les fenêtres se fermeront. Hum. Paix et bonheur.

J’ai atteint ma limite de vie communautaire. L’été termine et j’ai développé à mon insu une intimité malsaine avec mon voisin en diagonale en bas (le privilège de la ville aussi les voisins de diagonale). En plus de l’entendre faire remonter toute la nicotine de ses poumons à sa gorge chaque matin que la terre m’apporte, j’ai pu cet été me rapprocher significativement de lui. Après l’avoir vu se faire à souper nu, nous avons pu suivre la déconfiture de son amour d’été culminant par une scène de ménage où il fracasse la fenêtre de la voiture de sa flamme avec une laisse de chien. Ça, c’est en plus de sa passion pour la (mauvaise) musique et ses chants d’opéras  (Conte partiro existe toujours sur support disque). Aujourd’hui, mon voisin est content. Il est content, au téléphone, sur sa terrasse depuis une demie–journée. Mon voisin est l’apothéose du terme extraverti. Il vit dehors. Ses sentiment dehors de son corps, son corps dehors de son appart, tout dehors. Out loud de préférence.

Tout ça pour dire que me semble qu’on va être bien les fenêtres fermées avec des plastiques par dessus. La sainte paix.

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