Le blogue Dubois : bûcher, découvrir, créer

Si j’étais contracteur

26 novembre 2009 · Laisser un commentaire

Depuis quelques semaines, je mijote cette comparaison qui, selon les jours, m’enrage ou me fait sourire.

Après avoir passé le plus clair de mon temps des dernières semaines à remplir des demandes de subventions pour les différents projets de films pour lesquels je travaille, je me suis mise à me demander comment aurait pu se produire le scandale des liens entre le crime organisé et le secteur de la construction si les contracteurs avaient eu à passer au travers de la même démarche que les cinéastes pour obtenir du financement public.

C’est que je ne crois pas que les gens qui traitent les artistes de paresseux se doutent du travail qui se cache derrière chaque dollar demandé à l’État. Par exemple, notre dernière demande au programme Jeunes créateurs fait environ une quarantaine de pages. Le montant demandé? 5000$. Ça fait une page pour chaque 125$ demandé.

En respectant le ratio quantité de papier rempli vs montant demandé, imaginez la brique qu’aurait déposé le consortium Génieau pour le contrat de 356 millions des compteurs d’eau. Un document d’un peu plus de deux millions de pages!!

Et pour une récente demande à un arrondissement pour développer un documentaire à partir d’un de leur projet? Un document d’une dizaine de pages qui m’a demandé une fin de semaine complète de travail. Le montant demandé? 2 580$. L’entente conclue avec la ville ensuite fait 8 pages…

Quand j’en parle à mon frère ingénieur ça le fait rigoler : -moi je remplis un formulaire : ”le pont est fini” documents d’appui? ”rapport qui montre que le pont est fini” Le chèque finançant la construction ne tarde jamais à arriver…

Quand je veux vraiment rire, je fais seulement penser à quoi pourrait ressembler la section ”démarche de l’auteur/note d’intention” d’un contracteur soumis aux mêmes critères que les cinéastes?

Note d’intention :

En quoi votre projet est-il important pour vous? Pourquoi êtes vous la meilleure personne pour le réaliser? Quelles sont vos sources d’inspiration, les raisons qui vous motivent à vous engager dans ce projet?

-euh… $

Combien de temps faudra t-il pour se débarrasser de cette idée répandue que la culture quête de l’argent alors que les autres secteurs en ont simplement besoin? À quel moment les emplois dans les secteurs du bois, des mines et de l’automobile sont devenus des emplois plus importants que ceux des artistes? Parce que ça ne se fait pas avec les bras?

Une récente étude de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain sur le financement de la culture par le secteur privé le confirme. En voici quelques points saillants :

-le secteur culturel est en forte croissance dans la région métropolitaine de Montréal. En 2008, on recensait 96 910 emplois directs, une croissance annuelle de 4,6% par année en dix ans soit presque trois fois plus que la moyenne globale du marché du travail, qui est de 1,7% sur cette période

-Le salaire annuel moyen des travailleurs du secteur culturel est de 44 000$, ce qui est légèrement inférieur à celui des autres industries (48 500$). Par contre, il est caractérisé par une grande disparité des salaires : le salaire moyen des artistes, auteurs et interprètes est de 24 000$. C’est l’emploi le moins bien rémunéré du secteur culturel, soit à peine plus que la moitié (55%) du salaire moyen.

-La contribution du secteur de la culture à Montréal représente 6% du PIB de la région.

Maintenant, il faut essayer de rester positifs, en attendant les prochains coups de pelle que Harper va nous envoyer en pleine face.

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Le luxe d’être informé

25 octobre 2009 · Un commentaire

AlainGravel et Marie-Maude Denis à Tput le monde en parle

AlainGravel et Marie-Maude Denis à Tput le monde en parle

Je viens d’écouter l’entrevue d’Alain Gravel et Marie-Maude Denis à Tout le monde en parle. Ça m’a fait réaliser à quel point les journalistes font un métier ingrat. Quelle reconnaissance donne le public au travail des journalistes? Le vrai, le travail acharné du journaliste qui va là où on ne l’attendait pas et qui surprend par ce qu’il fait découvrir. Ce soir, les téméraires journalistes de Enquête ont eu droit à de grands applaudissements et des sourires empreints de fierté. Mais dans la réalité, qu’en est-il?

Les journalistes du Journal de Montréal sont en lock-out depuis plus de 250 jours. S’ils sont encore sur le trottoir, c’est que peu de gens ont décidé de boycotter un journal écrit par des scabs.  De la même façon, le fait que le JdeM ait mis sur pied une agence pour alimenter le journal durant le conflit n’a pas enlevé l’envie à des centaines de restaurateurs de continuer de distribuer le quotidien en grande quantité. À croire que seul le tabloïd possède le bon format pour une table de Tim Hortons…

Les journalistes de La Presse sont les prochains sur la liste. Crevier a déjà bien commencé ses relations de presse avec son ultimatum. Une tactique vieille comme le monde : faire savoir que des gens gagnent bien leur vie et compter sur la morosité ambiante pour que tout le monde s’insurge et nivelle les conditions de travail vers le bas. L’innovation? Payer une firme «indépendante» pour avoir entre les mains un «avis expert». Malheureusement, cette firme risque de proposer un nouveau modèle d’exploitation s’appliquant aux employés plutôt qu’à l’information sur le web.

Les lecteurs de La Presse seront-ils capables de se passer de leur cahier Habitation le samedi matin si le quotidien devait tomber en lock-out? Combien de lecteurs suspendront leur abonnement pour appuyer les travailleurs de l’information qui ont dévoilé les scandales des dernières semaines? J’espère que le syndicat a un bon fonds de conflit…

Alors quand je vois Alain le mystérieux et sa collègue Marie-Maude se faire applaudir chaleureusement à Tout le monde en parle, je ne peux m’empêcher de repenser à ces rumeurs qui disent qu’élu majoritaire, Stephen Harper songerait à privatiser Radio-Canada. Et bien que le ministre James Moore ait démenti depuis, le refus du gouvernement fédéral d’aider Radio-Canada a combler son déficit(entraînant la perte de 800 emplois) montre bien l’importance qu’on accorde au mandat de la Société d’état.

Et ce soir, la partie de moi qui aurait bien pu décider d’être un «soldat de l’information» après un bacc. en journalisme offre son soutien à ceux qui ont choisi de pratiquer ce métier dans des médias conventionnels. Parce que maintenant que le  journalisme citoyen est à la mode, j’ai bien peur qu’on oublie que nous avons grandement besoin du travail de journalistes «traditionnels» à qui on donne le temps et les moyens de nous informer en profondeur.

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Mort de Falardeau : les échos

28 septembre 2009 · 7 commentaires

Depuis samedi, déjà les papiers se multiplient sur l’homme.

Il y en a qui viennent des amis Jean-Benoît Nadeau, Victor-Lévy Beaulieu

Ses voisines  (Chroniques blondes, Josée Blanchette) qui le croisaient à la quincaillerie et qui ont su voir sa douceur derrière l’ours mal léché qu’il aimait présenter aux médias.

Il y a des vieux papiers aussi qui reviennent à la surface. Ce portrait, dans l’Actualité, en 2001. Je m’en rappelle, la photo de l’article a longtemps été affichée dans ma chambre. Une idole je vous dis. Et quand je lis des commentaires de lecteurs comme celui-ci

ça débarasse ! Au lieu de se afire passer pour un artiste et faire de la politique, il aurait mieux fait de travailler ainsi qu’apprendre le “franssa” comme il disait.

Quand on veut faire de la politique, on le dfait par professionnalisme et non en coulisse avec sa popularité ‘”artiste” (sic!). Tout comme certains ex-présidents de l’Union des Artistes !

M. Falardeau, un rasoir et du savon, ça existe !

ça me confirme que Falardeau faisait bien de continuer de parler de l’acculturation des Québécois et d’envoyer chier la petitesse d’esprit de certains.

Les administrateurs du blogue de Pierre Falardeau ont sans doute la meilleure attitude : donner peu d’attention aux gens qui prennent la peine de se rendre sur le forum du site transformé en livre de condoléances pour traiter le défunt de colon…

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La mort de Falardeau (partie 3)

28 septembre 2009 · Laisser un commentaire

La mort de Falardeau me sappe le moral.  À plusieurs reprises ces dernières années, j’avais décidé de me remettre sur le coup de la lettre d’admiratrice et de solliciter une rencontre avec le cinéaste. Je me retrouve coincée avec le cliché «j’aurais donc dû».

En 2003, j’étais tombée sur Pierre Falardeau en entrevue aux Francs-Tireurs et ça m’avait pas mal déstabilisée. Épanoui, souriant mais cinglant, on lui avait enfin donné une fenêtre d’entrevue dans laquelle on lui permettait de s’exprimer en nuances et de faire autre chose que d’aligner les «tabarnak».  J’ai retrouvé la lettre que je lui avait écrite ensuite :

Aujourd’hui, presque dix ans plus tard, je me rends compte que je suis en colère. De plus en plus en tabarnak. De moins en moins capable d’expliquer pourquoi. Chaque fois qu’un débat sur la souveraineté s’amorçe, je me fais prendre au jeu. J’ai une boule dans le ventre, un noeud dans la gorge. J’essaie d’expliquer aux gens pourquoi avoir un pays est mon plus grand rêve et chaque fois je m’emporte, incapable d’aligner les fameux arguments rationnels dont les indécis sont si friands. [...]

Depuis la dernière fois où je vous ai écrit, j’ai aussi découvert votre œuvre. Je sais que vous vous tortillez toujours un peu sur votre chaise quand on vous explique que vous avez marqué le patrimoine québécois à votre façon. Laissez faire la fausse modestie. J’ai découvert vos films mais j’ai aussi découvert par vos écrits et vos entrevues, vos «maîtres». J’ai découvert Perreault, Brault, Arcand. Un peu comme on découvre les vieilles robes de sa grand-mère en disant «Mais pourquoi tu m’as jamais dit que t’avais ça» J’ai réalisé à quel point le documentaire était une mine d’or et d’histoire. [...]

En fait, par cette lettre un peu confuse, je veux surtout vous dire merci d’être un modèle dans ma vie. Merci de m’avoir fait comprendre qu’il faut raconter son pays par les petites et les grandes histoires, par les gens ordinaires, par ceux qui n’ont jamais pensé qu’ils «méritaient» d’être filmés. Merci de m’avoir transmis votre passion du documentaire. Merci d’être la preuve qu’on peut être tête de cochon toute sa vie. Merci d’être une des rares personne connue qui se permet de douter en public, de se contredire, d’être paradoxal, d’exagérer.

Si notre prochaine correspondance attends encore dix ans, j’espère d’ici là être moins enragée et avoir réussi à faire un film qui me donnera l’impression d’avoir fait réfléchir les gens faute d’être capable de leur expliquer mes convictions.

Au plaisir croiser votre chemin à nouveau

Fouille-moi pourquoi, je n’ai pas envoyé cette lettre.

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La mort de Falardeau (partie 2)

28 septembre 2009 · Laisser un commentaire

Une fois mon admiration décuplée par ma première rencontre avec Falardeau j’ai commencé à me documenter comme une boulimique à son sujet. Cégépienne, j’avais reçu à Noël Pierre Falardeau persiste et filme, un livre d’entretiens entre le cinéaste et Mireille Lafrance.

Ce livre a été mon cours de cinéma 101 à moi. Rien qu’avec les notes de bas de page des films cités par Falardeau, j’avais sous les yeux l’essentiel de ce qu’il fallait voir pour comprendre le documentaire québécois.  À Saint-Henri le 5 septembre, Pour la suite du monde, Golden Gloves, 24 heures ou plus, etc, tous des films que j’ai vu selon la suggestion de Falardeau.

Falardeau a toujours cité en exemple le cinéma vérité inventé à l’ONF. Aurait-il voulu ou pu faire partie du club sélect qui n’avait qu’à lever le petit doigt pour obtenir des mètres de pellicule pour tourner? Je ne sais pas. Falardeau a fait le choix d’un cinéma impossible a censurer. Sauf sur la fin, où les institutions semblaient le bloquer systématiquement.

Avec Falardeau, j’ai bien peur que ce soit l’idée même d’un cinéma national, nationaliste, qui meure. Qui, dans cinq ans, pourra offrir au public des claques dans la face aussi cinglantes que celles de Pierre Falardeau? Qui nous hurlera à la figure que nous sommes en train d’oublier ce qui devrait être notre priorité : faire la souveraineté? Pour un Pierre Falardeau qui meurt, ce sont des dizaines de lettre ouvertes qui se s’écrivent plus, de débats qui n’explosent plus, de dénonciations qui se font trop proprement.

Falardeau était mon cinéaste préféré, égal de ses maîtres Perreault, Groulx, Arcand. Moins porté sur la nuance. Mais pourquoi s’empêcher de frapper fort quand il y a déjà tellement de gens trop lisses?

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La mort de Pierre Falardeau (partie 1)

28 septembre 2009 · 2 commentaires

La nouvelle nous est arrivée samedi. Comme la plupart des gens de mon âge, je l’ai appris par l’entremise de Facebook. La mort 2.0 comme le dit si bien Catherine P.L. sur le blogue d’Urbania

Pierre Falardeau est mort, mon idole n’est plus. Depuis samedi, je suis un peu zombie. Je ravale mes larmes. C’est tellement con de pleurer un mort qui n’est pas un proche. Mais c’est plus fort que moi. Pierre Falardeau est la personne que j’admirais le plus au Québec.

Je me rappelle comme si c’était hier ma première rencontre avec lui. Une amie m’avait proposé d’aller dans une soirée où on projetait Le temps des bouffons.

Journaliste en herbe pour le journal étudiant, j’avais emmené deux enveloppes. Dans une mes questions d’entrevue, dans l’autre, une déclaration d’admiration dans laquelle j’expliquais à Falardeau que j’avais pleuré en lisant la lettre à son père dans le recueil La liberté n’est pas une marque de yogourt.

Falardeau m’avait décontenancée en me demandant de lui poser mes questions d’entrevues live. Aujourd’hui ça me fait vraiment rire d’avoir pensé qu’il répondrait sagement par écrit à mes belles questions tapées à l’ordinateur…! Mon amie lui avait fait remarqué que c’était plutôt ironique qu’il fume des américaines vu son discours. «J’haïs ça quand on me met le nez dans ma marde» avait-il répondu, l’air d’un petit gars qui s’est fait prendre.

Peu de temps après, j’avais reçu une lettre par la poste. Une lettre manuscrite sur des feuilles de cartable. Falardeau avait répondu à ma lettre d’admiratrice.

«Ça me fait du bien de savoir que je ne suis pas totalement inutile, qu’il y a des filles qui pleurent dans un autobus de l’Estrie par une froide journée d’hiver en lisant mes petits papiers»

Durant la conférence je lui avais aussi posé une colle : préfèrait-il les gens qui votent non et qui ont un argumentaire articulé ou ceux qui votent oui sans trop savoir pourquoi? Il avait aussi senti le besoin de revenir sur sa réponse :

Celui qui vote non en croyant savoir pourquoi est un imbécile. Parce qu’on ne peut pas refuser la liberté. On ne peut pas refuser la libération d’un peuple. On ne peut pas refuser l’indépendance [...]

Il avait aussi aimé la colle :

Une question simple et essentielle. C’est bien rare. C’est tellement simple que sa simplicité même vous aveugle. Et c’est ce qui fait que la plupart des gens ne l’auraient pas posé, pas peur d’avoir l’air bête. Je crois au contraire qu’il faut poser des questions qui ont l’air bêtes en apparence. Il faut oser. Il faut risquer d’avoir l’air fou. Toujours. Sinon on se contente de répêter les même âneries que les autres.

Et c’est précisément cette faculté que j’appréciais chez Falardeau, ce droit qu’il se donnait de se tromper, d’aller trop loin. Cette préférence de foncer vers l’avant quitte à revenir en arrière. Falardeau enguelait un peu tout le monde, sur un peu tous les sujets. Et j’ai terriblement peur que le silence radio laissé par sa mort ne reste inoccupé si ce n’est par des intellectuels auto-proclamés sans charisme.

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L’époque des combines et du ketchup

11 septembre 2009 · Laisser un commentaire

Chaque année c’est la même chose quand arrive septembre. Être adulte, c’est essayer d’oublier à quel point la rentrée scolaire a été mon moment préféré de l’année de la maternelle à la fin de mes études, c’est à dire pendant 20 ans…! Mais au début septembre, c’est la pensée pour tous ceux qui s’apprêtent à se lancer dans une glissade banane de ketchup , boire dans des verres en plastique de la bière tiède et chanter des chansons salaces à répondre qui me rend nostalgique.

Je me rappelle comme si c’était hier de ma rentrée uqamienne et de cette impression grisante d’être au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes personnes.

C’est en écoutant cette vidéo que ça m’est revenu le plus intensément. Chapeau d’ailleurs aux initiés du programme de communication à l’UQAM qui ont réussi à rendre cette semaine de débauche féconde créativement en tournant cet impressionnant Lip dub. Je les remercie pour ce doux moment de nostalgie.

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Le bonheur de fermer la fenêtre

9 septembre 2009 · 3 commentaires

L’automne est ma saison préférée. Depuis que j’habite en ville, encore plus.

Aujourd’hui, j’avoue que j’attends avec impatience le moment où les fenêtres se fermeront. Hum. Paix et bonheur.

J’ai atteint ma limite de vie communautaire. L’été termine et j’ai développé à mon insu une intimité malsaine avec mon voisin en diagonale en bas (le privilège de la ville aussi les voisins de diagonale). En plus de l’entendre faire remonter toute la nicotine de ses poumons à sa gorge chaque matin que la terre m’apporte, j’ai pu cet été me rapprocher significativement de lui. Après l’avoir vu se faire à souper nu, nous avons pu suivre la déconfiture de son amour d’été culminant par une scène de ménage où il fracasse la fenêtre de la voiture de sa flamme avec une laisse de chien. Ça, c’est en plus de sa passion pour la (mauvaise) musique et ses chants d’opéras  (Conte partiro existe toujours sur support disque). Aujourd’hui, mon voisin est content. Il est content, au téléphone, sur sa terrasse depuis une demie–journée. Mon voisin est l’apothéose du terme extraverti. Il vit dehors. Ses sentiment dehors de son corps, son corps dehors de son appart, tout dehors. Out loud de préférence.

Tout ça pour dire que me semble qu’on va être bien les fenêtres fermées avec des plastiques par dessus. La sainte paix.

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Double culpabilité

2 septembre 2009 · 2 commentaires

La prochaine saison d’Occupation double aura lieu en République Dominicaine et je trouve ça à chier. Ça me dérange vraiment. Depuis trois (quatre?) ans, j’ai décidé d’assumer mon vice. J’écoute Occupation Double, assidument et avec un enthousiasme inquiétant. Ça m’étonne quand je me rappelle la véhémence avec laquelle nous crachions sur la télé-réalité quand les Loft Story et Star Académie ont présenté leurs premières éditions pendant que nous étudions en journalisme. C’est d’ailleurs ce que Hugo Dumas fait ce matin. Il a raison, c’est juste que pour moi, tout a changé quand j’ai eu le malheur d’écouter un épisode. Le même effet que ce qu’on dit des hits d’héroïne. Tu absorbes, t’es lessivé, ça ne t’as absolument rien apporté sur le plan humain mais t’en veux encore. Après des mois de clandestinité, j’ai choisi d’assumer ma dépendance.

Photo Robert Mailloux, La Presse

Photo Robert Mailloux, La Presse

J’écoute Occupation Double pour les même raison qu’on garde certains contacts Facebook : par voyeurisme, pour rire du monde, juger leurs choix de vie et plein de raisons qui ne se disent pas. Aussi pour encourager les filles «avec des bonnes valeurs» qui se battent contre des paires de faux-seins. J’écoute Occupation Double avec Véro, comme on va à la messe, toutes les semaines, ensemble, avec une ou deux bouteilles de vin selon le moral, souvent avec les reste des filles qui viennent un peu pour l’émission, beaucoup pour écouter nos blasphèmes. C’est notre soirée de filles.

Mais cette année, la culpabilité est plus forte que jamais. La saison 6 d’Occupation Double va se passer en République Dominicaine. Les célibataires n’auront plus besoin de devenir orange sous le lit de bronzage, on leur proposera du vrai soleil, full tan. Ils pourront noyer leurs larmes dans la mer et faire comme des millions de Québécois : penser que partir dans le Sud est une banalité.

Et ça, ça m’énerve. Aller dans le Sud n’est plus un luxe. C’est la normalité. Tout le monde peut se payer un tout-inclus. Pourquoi, parce que ceux qui y travaillent, eux, n’ont pas besoin d’être bien payés. Pas plus que la réelle économie de leur pays n’en profite, les dollars s’engluant dans la crème solaire du bord de mer sans aller plus loin. Et d’envoyer les célibataires boire leurs drinks dans des piscines bleues risque évidemment de donner des idées à pas mal de monde. Pourquoi passer novembre au gris quand on peut brunir au soleil?

Je suis assez sévère avec les tout-inclus mais je nuance tout de suite : je comprends. Mon collègue Éric Martin serait sans doute d’accord avec moi, tout ceci fait partie d’un tout. Le système capitaliste vous épuise, vous enlève le goût de back-packer, vous donner un maigre deux semaines de vacances. L’appât du soleil à bas prix est clairement attrayant, je ne juge pas ceux qui y cèdent. Il ne faut pas dire fontaine je ne boirai pas de ton eau.

Mais qu’une production télé, à gros budget, décide de tourner le dos aux restos, spas, attractions touristiques et cie du Québec pour aller faire du snorkling et de l’équitation sur la plage, je trouve ça franchement moche. Pourquoi trouver du nouveau ici quand on peut utiliser les budgets de l’Empire à l’étranger?

Est-ce que je vais écouter Occupation Double 6? Oui, je l’avoue. C’est pas conséquent, je sais. Mais je ne suis pas assez idéaliste pour penser que le boycott d’une auditrice ferait très mal à la machine OD.

En plus, cette émission fait partie des plaisirs coupables qui me permettent de me laver le cerveau complètement, et de faire le vide pour mieux travailler comme une dingue sur des projets à contenu sans avoir besoin d’aller en République au mois de novembre.

Je mets par contre la production au défi d’acheter des crédits carbones, ne serait-ce que pour les voyages d’avion en rafale pour visiter la Chine, en deux jours, sur le décalage. Pas game.

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Girlcrush devant une sangria

2 septembre 2009 · 3 commentaires

Depuis la semaine dernière, j’enligne les 5 à 7 semi-professionnels. Disons que j’ai un régime à base de nachos et de sangria! Même si j’ai un peu la langue à terre, c’est un réel plaisir de prendre un verre avec ces personnes allumées.

Hier, une amie m’a présenté Marie-Ève Trembay. Nous avions envie de rencontrer Marie-Ève parce qu’elle a fait une maîtrise sur le modèle d’entreprise coopératif. Comme nous jonglons avec l’idée de nous constituer en coop pour réaliser un de nos projets, nous voulions lui poser des questions pour comprendre comment ça marche la patente. Définition, avantages, implications comptables, nous avions besoin d’un cours en accéléré.

Nous avons eu encore mieux, et pas de cours dutout même si Marie-Ève avait tout préparé. Dès les premières minutes, sa nature de consultante a repris le dessus.  «Quel genre d’amitié avez-vous?», «Avez-vous déjà connu l’échec?» Si elle n’inspirait pas autant confiance, j’avoue que j’aurais été sceptique face à ses questions.

En clair, elle nous a expliqué que rien de sert de se demander quelle forme d’entreprise choisir quand on n’a pas clairement défini ce qu’on veut faire, et avec qui. Écrit comme ça, ça paraît la chose la plus simple au monde mais je vous mets au défi de démarrer une entreprise sans constamment vous poser des questions techniques plutôt que des questions de base. C’est surprenant de se faire rattraper par les fameux 5 W du journalisme (what, when, where, who, why) adaptés au démarrage d’entreprise. Nous avons donc sagement noté nos devoirs pour la semaine prochaine : idéal professionnel, type de personnalité des gens avec qui je veux travailler, limites de nos valeurs. Jamais eu aussi hâte de m’asseoir devant un travail!

Marie-Ève ne sait pas à quel point elle arrive à un  bon moment dans ma vie. Je sais que je dois franchir une nouvelle étape mais je ne sais absolument pas par quel bout commencer. Et Marie-Ève fait partie des gens qui, pour des raisons presque mystiques, vous donne envie de vous botter le cul et de voir grand. C’est drôle, je connais une autre Marie-Ève, elle est pareille. Il doit y avoir de la numérologie là-dedans…!

Dans tous les cas ça rassure, plus en tout cas que cette déprimante rencontre avec le SAJE d’il y a deux semaines où on m’a recommandé de m’inscrire à l’aide sociale pour pouvoir profiter du programme de soutien au travailleur autonome. Très drôle d’ailleurs cette mesure qui parle de travail autonome mais qui exige comme pré-requis d’avoir déjà reçu de l’assurance-emploi. Assurance-emploi… Pigiste… Allô la terre?!

Mais pas de temps à perdre sur les programmes mésadaptés d’Emploi-Québec, Marie-Ève est là, inspirante, stimulante, et j’ai trop hâte de faire mes devoirs.

À suivre…

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